Socialistes pour l'espéranto

Accueil du site > Actualités > Des enfants souffrent du "syndrome d’épuisement par apprentissage de (...)

Des enfants souffrent du "syndrome d’épuisement par apprentissage de l’anglais"

dimanche 2 juillet 2006, par espo

L’apprentissage de l’anglais en Corée du sud provoque un rejet de certains élèves. A l’origine de ce rejet, la difficulté de la langue et l’obligation de sa maîtrise pour réussir. Une souffrance inutile et un système de sélection : ce sont les conséquences de l’anglicisation des écoles dans le monde.

Un article du journal sud-coréen Chosun Ilbo du 22 juin 2006 relate le cas d’un enfant jugé "distrait en classe". Losque la mère a demandé à sa fille ce qu’il se passait, l’enfant a répondu "Je veux tuer l’anglais !" et a éclaté en larmes. Incapable de comprendre ce que le professeur étranger racontait, elle était stressée par le rythme rapide du cours et ses faibles résultats aux contrôles.

L’industrie de l’apprentissage de l’anglais représente un marché de 10 milliards de dollars en Corée, mais un nombre grandissant d’enfant boycotte l’anglais, parfois violemment. Ils souffrent de ce qui a été appelé "le syndrome d’épuisement par apprentissage de l’anglais". Une étude portant sur 359 mamans menée par le Chosun Ilbo auprès de la communauté internaute "démarrer en anglais" suksuk.com, montre que 49 % des répondants ont mentionné que leur enfant avait eu à certains moments une profonde aversion contre la langue internationale des affaires. Si même au sein des femmes dont les enfants apprennent bien l’anglais le taux est de 49 %, le syndrome pourrait être beaucoup plus présent au sein de la majorité silencieuse.

Les symptômes sont très divers. Des mères rapportent que leur enfant ment lorsqu’il faut se rendre à l’école avec des phrases comme "Je suis malade" ou "Le professeur me bat". Certains crient et font des moulinets avec les bras dans toute la maison, mettent du temps à finir leurs devoirs même lorsqu’ils sont faciles, ou encore s’énervent en hurlant : "Parle pas anglais !".

Dans l’étude, 39 % des mamans décrivent le rejet de leur enfant envers l’apprentissage de l’anglais comme étant dû à une méthode demandant trop de travail, 23 % perçoivent ce rejet comme un "rejet de la langue anglaise elle-même", et 20 % admettent des attentes trop importantes des parents, qui comparent notamment les persormances de leurs enfants avec celles des autres élèves.

Répondre à cet article

7 Messages de forum

  • Ceci devrait nous faire réfléchir sur notre responsabilité d’Européens vis à vis de la langue internationale auxiliaire, neutre et facile. Ghandi décrivait lui aussi la "torture " que subissent les enfants indiens dans l’apprentissage de l’anglais. Idem pour les chinois etc...Tous ces pays ont des groupes espérantistes importants.

    Pensons aussi aux cinq millions d’enfants qui meurent de malnutrition et de maladie chaque année par suite des inégalités excessives nationales et internationales mais aussi du non accès au savoir par l’absence de diffusion d’une langue internationale facile et neutre (statistiques du PNUD ONU).

    Pensons aux démagogues ultra nationalistes, intégristes ethnicistes, religieux et autres qui, appuyés sur des marchands d’armes, développent encore des guerres au XXIème siècle, alors que les problèmes écologiques s’aggravent et que l’humanité doit faire preuve de solidarité. L’actualité malheureusement fourmille d’exemples. Une langue internationale facile et neutre permettrait de faire progresser plus rapidement le droit international et de faire reculer leur influence.

    Compte tenu des rapports de force et problèmes économiques, médiatiques et linguistiques, une reconnaissance de l’esperanto comme langue de travail pont au côté des autres déjà reconnues, pourrait commencer par exemple dans la zone euro et l’U.E., puis aurait vraisemblablement des répercussions importantes sur les autres continents.

    Alors pourquoi pas un comité de liaison contre l’impérialisme linguistique et pour l’équité des 95% de non anglophones de naissance et bien sûr ouvert aux anglophones internationalistes et mécontents de l’abatardissement de leur langue.

    Répondre à ce message

    • > Ghandi et l’anglais 21 juillet 2006 10:14

      “La tyrannie de l’anglais s’étendait si loin qu’il fallait passer par cette langue et non par la nôtre pour apprendre le sanskrit ou le persan. Si un élève s’exprimait dans sa propre langue, le gujarati, on le punissait. II n’importait nullement au professeur que l’enfant parlât mal l’anglais et qu’il fût incapable de le prononcer correctement ou de le comprendre parfaitement. Pourquoi le maître aurait-il dû s’en inquiéter ? Lui-même parlait un anglais qui était loin d’être parfait. Il ne pouvait pas en être autrement. L’anglais était une langue étrangère aussi bien pour lui que pour ses élèves. Le résultat était catastrophique. On nous donnait à apprendre par coeur beaucoup de choses que nous étions loin de toujours comprendre parfaitement et qu’il nous arrivait même souvent de ne pas comprendre du tout. La tête me tournait quand le professeur s’escrimait à nous faire comprendre ses démonstrations de géométrie.”

      (Gandhi : “Tous les hommes sont frères”. Gallimard/NRF (coll. Idées). 1969 ; p. 259)

      Aujourd’hui, malgré près de trois siècles et demi de domination britannique auxquels s’ajoute plus d’un demi-siècle de matraquage par l’anglais, il n’y a qu’un pour cent de la population de l’Inde qui maîtrise l’anglais à l’égal de natifs anglophones britanniques ou étasuniens. Est-ce tellement plus brillant en France, pays en voie de colonisation ?

      Répondre à ce message

      • > Les règles de l’anglais 21 juillet 2006 10:27

        Dans son numéro du 20 décembre 2002, le magazine belge “Le Vif/L’Express” a consacré trois pages aux problèmes de communication linguistique et à l’espéranto. C’est à la fois si rare et si honnête que ça mérite d’être signalé. L’anglais étant incontournable lorsque ces questions sont abordées, la journaliste, Valérie Colin, a rapporté ce fait véridique raconté par Claude Piron, l’auteur de “Le défi des langues” [1], lors d’une conférence présentée à Louvain-la-Neuve : “La ministre danoise, toute fière d’endosser ses nouvelles responsabilités, déclare solennellement : “Well, I’m at the beginning of my period... !” Autrement dit, non pas “Eh bien, je commence dans mes fonctions”, mais “Je suis au début de mes règles”...” Il est ainsi démontré qu’il y a danger à utiliser l’anglais sans en connaître ou en respecter les règles, des règles incontournables dont l’effet n’est pas que périodique et contre lesquels la gent masculine n’a d’ailleurs, elle non plus, aucune protection.

        Le piège linguistique

        Pendant que certains médias francophones participent lourdement à l’intoxication qui consiste à faire croire que les problèmes de communication linguistique sont définitivement réglés par l’anglais, des natifs anglophones et des spécialistes de l’anglais sont saisis d’un doute. C’est le cas de Barbara Wallraff qui, aux États-Unis, dans le magazine “The Atlantic Monthly” [2] a publié un article répondant ainsi à la question “What global language ?" (Quel langage mondial ?) : “Don’t bet on the triumph of English” (Ne pariez pas sur le triomphe de l’anglais).

        Professeur de physique à l’Université de Caroline du Nord, à Raleigh, après avoir enseigné la linguistique à celle de l’Illinois, à Urbana-Champaign à partir de 1982, puis la physique et l’utilisation des ordinateurs dans l’enseignement à l’Université Carnegie-Mellon, établissement hautement renommé de Pittsburgh, Bruce Sherwood n’a pris conscience des difficultés de l’anglais que lorsqu’il a été amené à concevoir un algorithme pour convertir en paroles un texte en espéranto, anglais, espagnol, italien, français et russe et le restituer avec un appareil de synthèse vocale : “En espéranto, de tels procédés sont particulièrement simples du fait que chaque lettre a sa propre prononciation, indépendamment du contexte”. En anglais, il n’y a d’autre règle que de tout transcrire dans un système phonétique ad hoc [3] : “L’anglais est difficile à traduire, et à cause de la prononciation qui est difficile, et à cause du système de sons même de l’anglais, qui est difficile. Tout le monde sait que la prononciation de la langue anglaise a beaucoup d’exceptions et d’irrégularités. Mais tout le monde n’a pas conscience — et je n’étais pas conscient avant d’explorer ces questions — que le système de sons même de l’anglais est très malaisé à traiter par ordinateur du fait qu’il y a de nombreuses voyelles — il y en a douze —, et des consommes difficiles. L’accentuation dans un mot et une phrase en anglais est extrêmement importante pour la compréhensibilité.” Dans le cadre de sa réunion culturelle organisée au Centre Pompidou pour le centenaire de l’espéranto, en 1987, SAT avait invité le professeur John C. Wells (University College London), l’un des spécialistes les plus renommés au monde en matière de phonétique de la langue anglaise, à présenter une conférence sur l’anglais en espéranto pour lequel il est aussi particulièrement qualifié puisqu’il a publié divers ouvrages dans cette langue et sur cette langue. Auteur d’un traité magistral intitulé “The Accents of English” [4], John Wells est bien placé pour savoir que l’anglais est une langue particulièrement riche en pièges. Non sans humour, il a ainsi décrit le casse-tête devant lequel se trouvent même les linguistes les plus éminents lorsqu’il s’agit de fixer des règles pour une telle langue : “Chomsky [5] et des amis ont réussi à fournir un ensemble de règles extrêmement compliquées qui, avec cinq règles principales et quarante classes d’exceptions et 120 classes d’exceptions aux exceptions, vous permettent de déterminer avec justesse la position de l’accent pour 90% des mots. Un autre problème de l’anglais, c’est la règle de l’accent, ou plus exactement l’absence de règle pour l’accent. Il y a maintenant une discussion académique à propos de l’existence ou de la non existence d’une règle pour l’accent en langue anglaise. L’opinion traditionnelle est qu’elle n’existe pas, et que l’on doit apprendre pour chaque mot particulier où se trouve l’accent.“

        Un pari sur le bon sens

        Moins les gens ont étudié l’anglais, moins ils le maîtrisent, plus ils y croient. Il y a urgence à comprendre que, là où passe l’anglais, il y a de moins en moins de place pour les autres langues : ”L’impact de l’anglais sur d’autres langues a été assez désastreux par endroits”, a écrit David Crystal, l’auteur de la célèbre "Cambridge Encyclopedia of the English Language ”. Interprète free-lance (indépendant), adhérent de l’Association Internationale des Interprètes de Conférences (AIIC), René Pinhas sait ce qu’il en est sur le terrain, lorsqu’il s’agit de tout autre chose que de “se débrouiller” :

        “J’ai écrit, ailleurs, qu’au cours de congrès médicaux internationaux, l’anglais parlé par des orateurs français était souvent totalement inintelligible pour les participants australiens, néo-zélandais ou pakistanais, parce qu’il n’y avait pas un seul, je dis bien un seul, accent tonique qui fût correctement placé. Alors, que dire des malheureux Japonais, Suédois et autres Mexicains dont la langue maternelle n’est pas l’anglais ! Les seuls membres de l’auditoire qui le comprenaient étaient les autres Français dans la salle.[6]”

        René Pinhas lance ensuite l’interrogation : “Se tournera-t-on vers une nouvelle mouture de l’Esperanto ?“. Mais à quoi bon une “nouvelle mouture” puisque l’espéranto, tel qu’il est, répond aux exigences de la communication moderne ? Les seuls obstacles qui s’y sont opposé ont été, comme l’a reconnu le professeur Umberto Eco, non point linguistiques, mais politiques. A nous d’exiger l’introduction de règles d’équité, de démocratie et de “glasnost” en politique linguistique.

        Henri Masson, site de SAT-Amikaro

        1. Éditions L’Harmattan, Paris. 1994. 2. http://www.theatlantic.com/issues/2000/11/ bgcover.htm 3. Aucun alphabet phonétique n’est reconnu partout dans le monde. 4. Ouvrage en trois volumes. Cambridge University Press, 1982. La cassette de la conférence est disponible au Service Librairie de SAT-Amikaro. Sites de John Wells : http://www.phon.ucl.ac.uk/home/wells/ http://www.phon.ucl.ac.uk/home/wells/lek.htm 5. Grosse tête de la linguistique aux États-Unis, mais “forte tête” aussi face au pouvoir “politiquement correct”. 6. http://www.aiic.net/ViewPage.cfm/article253.htm

        Répondre à ce message

        • Une solution pour l’Afrique (20.02.06) : lettre à The Namibian

          Dear Sir,

          I quite approve Alexactus T. Kaure’s call for a common language for Africa ("Africa : Eternally Trapped ?" 16 June), but I don’t think that choosing between English, French or Portuguese is a fair solution to the problem. The best solution is for Africa to adopt a language free from colonialist connotations, from links with political and economic powers, and so easy that every African could readily learn it in a short time so as to be able to communicate spontaneously and precisely with fellow Africans, whatever their origin. Such a language exists. You can learn about it in "Understanding among Africans". If you don’t have much time, go right to "Towards a realistic solution". You’ll probably feel like reading on.

          It’s high time something be done to ensure that Africa, while respecting all its dialects, languages and cultures, may avail itself of a very pleasant and practical means of communication. The language I’m alluding to is Esperanto, maybe unknown in Namibia, but with a good following in other countries, like Togo, Tanzania, the Congo and many others. Although easy, it’s a rich language, well adapted to the realities of Africa (it has words with no equivalent in colonialists’ languages, like kaprejo ’the place where the goats are being held’ or frateta ’fraternal’, ’brotherly’ but only in the sense of ’from a younger brother’, ’of younger brothers’ ; without reference to age, so important in many African languages, ’fraternal’ is frata). Africa needs to be untrapped ! Why not have a look at this way out ?

          Best wishes !

          Estimata Sinjoro,

          Mi plene aprobas la alvokon de Alexactus T. Kaure por komuna afrika lingvo, sed mi opinias, ke elekti inter la angla, la franca kaj la portugala ne estas bona maniero solvi la problemon. La plej bona solvo estas, ke Afriko alprenu lingvon liberan je koloniismaj elvokaĵoj, je ligoj kun politikaj kaj ekonomiaj potencoj, kaj tiel facilan, ke ĉiu afrikano povu rapide lerni ĝin por spontane kaj precize komuniki kun ĉiu alia afrikano, el kie ajn tiu devenas. Tia lingvo ekzistas. Vi povas informiĝi pri ĝi en "Understandig amond Africans". Se vi ne havas multe da tempo, iru rekte al "Towards a realistic solution". Vi probable sentos emon legi plu.

          Estas tempo, ke io estu farata por ke Afriko, respektante ĉiujn siajn dialektojn, lingvojn kaj kulturojn, disponigu al si agrablan kaj praktikan komunikilon. La lingvo, al kiu mi aludas, estas Esperanto, eble nekonata en Namibio, sed kun anaro en aliaj landoj, kiel Togo, Tanzanio, Kongo ktp. Kvankam facila, estas riĉa lingvo, bone adaptita al la realaĵoj de Afriko (ĝi havas vortojn, kiuj ne havas ekvivalenton en koloniistaj lingvoj, kiel kaprejo ’la loko, kie kapr(in)oj estas gardataj’ aŭ frateta, ’frata’, sed nur en la senco ’rilate al, au venante de, pli juna frato’ ; sen la aludo al aĝo, tiel grava en multaj afrikaj lingvoj, la vorto estas frata). Afriko meritas eliĝi el la kaptilo. Kial ne ĵeti rigardon al tiu elsavejo ?

          Ĉion bonan !

          Répondre à ce message

          • L’anglais, nous dit-on, est aujourd’hui la langue mondiale. C’est celle que l’on parle partout sur notre planète, y compris en Asie. Si, dans une discussion sur ce sujet, un participant émet l’idée que l’anglais est trop difficile pour la grande majorité des Asiatiques et que les contraindre à l’utiliser revient à les inférioriser, il se fait immédiatement rabrouer. Plus encore s’il dit que l’espéranto offre une solution nettement plus acceptable. L’espéranto, lui réplique-t-on, est aussi difficile que l’anglais pour les non-Européens. Mais ces affirmations sont toujours a priori, jamais elles n’émanent d’une personne qui a pris la peine de vérifier ce qu’il en est sur le terrain, jamais elles ne se fondent sur l’étude des faits. Celle-ci donne de la situation une image bien différente, comme le montrent les citations présentées ci-dessous.

            1. Même chez les professeurs d’anglais, le niveau est peu élevé. Beaucoup sont incapables de soutenir une conversation en anglais.

            [Jamaliah Mohamad Ali, directeur du programme de formation linguistique à l’Université de Malaisie, cité par Jay Branegan, "Finding a proper place for English", Time, 16 September 1991, p. 51].

            2. [...] seuls 19% [des personnes interrogées dans l’enquête sur l’anglais à Hong Kong] se sentent à l’aise lorsqu’elles doivent communiquer avec des personnes de langue maternelle anglaise, à peu près la même proportion qu’au Japon et en Thaïlande. Plus de 30 % appréhendent de devoir parler anglais.

            [Teddy Ng, "Survey into English use sows world city doubts", The Standard (China Business Newspaper), 6 mai 2005].

            3. "Actuellement, j’enseigne la bibliothéconomie dans une université de Tokyo. Au Japon, on enseigne l’espéranto comme branche officielle dans une dizaine d’universités, bien que malheureusement ce ne soit pas encore le cas dans la mienne. Évidemment, l’espéranto est beaucoup plus facile que les langues européennes. Les Japonais étudient l’anglais pendant plus de 10 ans, mais ils n’arrivent pas à le parler, même pour une conversation toute simple."

            [Ueda Tomohiko, réponse donnée à M. Germain Pirlot dans le cadre de son enquête sur l’effet propédeutique de l’espéranto pour l’apprentissage des langues européennes en Asie, gepir.apro(arobase)pandora.be]

            4. " À cette date, j’avais étudié l’anglais pendant 7-8 ans, mais je n’arrivais pas encore à le parler couramment [...][...] Ayant appris les bases de l’espéranto, j’avais bien sûr envie d’en apprendre davantage. Je n’avais guère de chances de trouver des livres sur l’espéranto dans les librairies ordinaires, j’ai donc dû chercher dans celles qui vendaient des livres d’occasion. Heureusement j’ai trouvé quelques manuels, dictionnaires et autres ouvrages sur l’espéranto et je les ai immédiatement achetés, sans hésitation. Je les ai lus avec avidité. J’en suis ainsi arrivé à trouver du plaisir à lire la littérature en espéranto. Aujourd’hui, si je lis un roman sentimental en espéranto, j’ai les larmes aux yeux quand un passage me touche particulièrement. J’aime cela, vraiment. Je n’ai jamais éprouvé de joie semblable quand je lis des livres anglais, bien que j’aie étudié l’anglais pendant 7-8 ans et l’espéranto seulement 4-5 mois.

            [Zhu Xin, http://amuzulo.babil.komputilo.org/index.html, traduit de l’espéranto en anglais par Chuck Smith msochuck(arobase)yahoo.com, texte original en regard.]

            5. "Hong Kong a connu assurément quelques professeurs de français, d’allemand ou d’anglais, mais c’est, de loin, les professeurs d’anglais qui sont les plus nombreux et les plus visibles. Il n’est pas d’université japonaise ou de grand groupe industriel taïwanais qui n’emploie quelques Américains, Australiens ou Britanniques dont la fonction exclusive est d’enseigner l’anglais. Alastair Pennycook est professeur de linguistique appliquée à l’université de Melbourne. Lorsqu’il était étudiant, il a, lui aussi, fait de l’argent facile en enseignant l’anglais à Hong-Kong et en Chine. [...] [il a constaté que] L’utilisation de l’anglais en tant que langue de communication demeure artificielle. Le niveau atteint par ses étudiants ne lui permet jamais une communication allant au-delà des nécessités courantes. Pire encore, en tant que professeur d’anglais, tout le monde désire lui parler dans cette langue mais il se rend très vite compte, par la force des choses, que ce type de contacts ne lui permet pas de vraiment découvrir la société dans laquelle il séjourne et encore moins de s’y intégrer." [Charles-Xavier Durand, "Une langue universelle ou une langue coloniale ?", Forum Avant-Garde Québec (avant-garde_quebec), message 23035/28313].

            6. Pour Angus Mui, le cours de géographie était le pire. Il dit qu’il comprenait "au maximum 30 à 40%" de ce que disait le professeur. Ses condisciples ne pouvaient pas davantage comprendre l’anglais du prof."Ainsi, la plupart d’entre nous lisaient des BD, rêvassaient ou s’endormaient", dit Mui.

            [Louise do Rosario, "Tongue-Tied : Hong Kong’s Bilingual Education Backfires", The Far Eastern Economic Review, 30 juin 1994].

            7. Pendant sa jeunesse, Qian Mingqi, qui a longtemps enseigné la langue de Shakespeare à l’université Huadong de Shanghai en qualité de professeur associé, avait décidé de devenir professeur d’anglais et elle a consacré une bonne partie de ses études à l’acquisition de cette langue : quatre ans au niveau secondaire, cinq à l’université (1956-1965). Finalement - après l’interruption causée par la Révolution culturelle - elle a atteint son but et a obtenu un poste à l’université où elle avait reçu son diplôme en 1965. Elle a été l’une des premières universitaires chinoises à visiter les États-Unis en qualité de "spécialiste invité" à l’Université d’État de San Francisco. Lors de sa dernière année universitaire, Mingqi a décidé d’ajouter une deuxième langue à son répertoire et elle a opté pour le russe, qu’elle a effectivement étudié pendant quelqes semaines. Et puis un beau jour, un "haut fonctionnaire" (dont elle a toujours ignoré le nom) s’est présenté au cours de russe. "L’année prochaine, le congrès mondial d’espéranto," a-t-il dit aux étudiants, "se tiendra à Tokyo pour la première fois. La République populaire de Chine tient à y être représentée par un groupe de jeunes espérantophones enthousiastes. Ces jeunes personnes qui parleront l’espéranto avec enthousiasme seront toi, toi et toi..." Elle s’est ainsi trouvée parmi les "volontaires désignés" - elle ne s’était pas proposée d’elle-même - et a dû apprendre, comme deuxième langue, l’espéranto et non le russe. Des années plus tard, elle m’a dit : "J’ai été surprise de découvrir qu’après un semestre d’espéranto je pouvais lire et écrire cette langue plus facilement - et avec bien plus d’aisance - que l’anglais après neuf années d’étude." En fin de compte, elle a été amenée à enseigner l’espéranto en plus de l’anglais dans son université, dans des classes où elle est obligée de refuser des étudiants, parce qu’ils sont trop nombreux pour les dimensions des locaux.

            [Don Harlow, donh(arobase)donh.best.vwh.net ; http://www.webcom.com/ donh/don/don.html]

            [Je peux confirmer l’authenticité de ce témoignage, puisque je connais personnellement Mingqi, qui a été mon étudiante à San Francisco State University en 1981, et que, par un hasard extraordinaire, j’ai retrouvée inopinément à Nankin en 1986, ce qui nous a permis de rediscuter de tout cela. Claude Piron]

            8. "Aujourd’hui, en Chine, on commence l’anglais en 5e primaire, mais au bout de dix années d’étude, un grand nombre d’étudiants sont incapables de le parler couramment. Dès qu’ils ouvrent la bouche, ils sont pris par la honte et la peur. Ils disent qu’ils ne se sentent pas compétents pour apprendre une langue étrangère. Mais l’espéranto est très logique et facile à prononcer. En peu de temps ils le parlent couramment. Cela les encourage et améliore leurs résultats en anglais." [Cui Jianhua, professeur d’anglais , réponse à M. Germain Pirlot]

            9. "En juin 1998, à une enquête menée par la BBC auprès de ses auditeurs pour savoir ce qu’ils pensaient de l’idée de faire de l’anglais l’unique langue officielle de l’Union européenne un chercheur coréen, Kin Hiongun, a répondu : « La Corée investit des montants énormes dans l’enseignement de l’anglais. Si j’avais pu disposer de mon temps à ma guise, j’aurais pu obtenir cinq doctorats avec les années que j’ai été obligé de consacrer à l’étude de cette langue. »”

            10. "À mon avis, les Chinois apprennent l’espéranto beaucoup plus facilement que les langues européennes. En outre, les Chinois qui ont préalablement appris l’espéranto jouissent d’un avantage considérable par rapport aux autres pour l’apprentissage des langues européennes."

            [Xiao Peiliang, xpl(arobase)public.cc.jl.cn , réponse à M. Germain Pirlot].

            11. "Nous, Asiatiques, apprenons l’espéranto, non pas "plus facilement", mais "dix fois plus facilement" que les langues européennes !!"

            [Ma Young-tae, Chargée de cours à à l’Université Dankook, Séoul, Corée, réponse à la même enquête].

            12. "Lorsque Roy Harris, spécialiste des langues, est arrivé d’Oxford pour occuper la chaire d’anglais à l’université de Hong Kong, il était convaincu que Hong Kong réunissait les conditions idéales pour servir de modèle aux futures communautés bilingues du 21e siècle. Mais il a déchanté. Les centaines de devoirs en anglais qui lui passaient entre les mains étaient bourrés d’erreurs et il s’est trouvé constamment confronté à des étudiants incapables de s’exprimer clairement dans sa langue."

            [Jay Branegan, "Finding a proper place for English", Time, 16 septembre 1991, p. 51].

            13. À Hong Kong, au terme de six années d’anglais à raison de trois heures par jour, soit 3600 heures, la moitié des élèves échouent à l’examen final.

            [International Herald Tribune, référence exacte non retrouvée].

            14. "C’est très préoccupant," dit le député Henry Tang, qui siège dans un organe de l’enseignement public appelé à dépenser des sommes qui augmentent d’année en année pour améliorer l’anglais des jeunes ayant terminé leurs études secondaires. "Le faible niveau en anglais a atteint l’ampleur d’une épidémie," dit-il. Ce problème inquiète a tel point les grandes sociétés comme la Hongkong Bank, Hongkong Telecom et Swire Pacific qu’elles ont lancé une campagne de 20 millions HK$ (2,6 millions de dollars des États-Unis) pour améliorer l’anglais de leurs employés. [...]À Hong Kong, les jeunes communiquent généralement en un parler hybride à base d’anglais et de cantonnais, "une sorte de ’chinglish’," dit le député Tang. Les enseignants relèvent que le bilinguisme à la mode de Hong Kong inhibe l’aptitude des jeunes à s’exprimer. "De nos jours, ils utilisent une foule de mots marquant l’hésitation, comme ’euh, er, laur, lur, lor’," dit David Tang, qui dirige le laboratoire d’anglais de la Communauté."

            [China NN Archives, China News Digest, http://lists.asu.edu/cgi-bin/wa ?A2=ind9407c&L=china-nn&T=0&F=&S=&P=146]

            15. Je suis professeur d’anglais en République populaire de Chine. Il m’intéresserait de rendre plus populaires les échanges entre élèves chinois et européens. Je dois toutefois constater que seul un petit nombre de Chinois apprennent l’anglais vraiment bien, assez pour pouvoir l’utiliser dans la correspondance. Par ailleurs, les Chinois des diverses villes réparties dans toute la Chine où l’on apprend l’espéranto arrivent souvent à le parler aussi couramment que si c’était leur langue maternelle. Si vous avez une idée pour organiser la collaboration entre élèves chinois et européens des degrés primaires et secondaires, mais aussi toute autre idée d’échanges, veuillez me contacte à l’adresse martinslangevin(arobase)hotmail.com ou chez M. Liu Baoguo à liubaoguo(arobase)ah163.com.

            16. "Je suis un étudiant iranien qui étudie à Paris pour acquérir un doctorat en sciences. Pendant mes études j’ai toujours étudié l’anglais et ensuite, quand je suis venu en France, je me suis mis au français. J’ai aussi étudié l’espéranto et je dois reconnaître que c’est la seule langue, à part ma langue maternelle, dans laquelle je me sente bien, je ne me sens à l’aise dans aucune autre langue étrangère. L’espéranto m’a donné le pouvoir de m’affirmer et de commniquer avec autrui. Je pense qu’il convient bien à tous les hommes, notamment aux Asiatiques".

            [Behrouz SOROUSHIAN, Laboratoire de Chimie-Physique,Université de Paris-Sud, Orsay, France, réponse à l’enquête de M. Germain Pirlot en date du 17 novembre 2001 ; behrouz_fr(arobase)yahoo.fr].

            17. Sa femme Nan [la femme d’Ulrich Matthias] vient des environs de Hong Kong. En 1999 elle a entendu parler de l’espéranto à la radio et elle a appris la langue en autodidacte. "Cela m’a été facile de l’apprendre. Et il y a quelque chose d’inamical à toujours attendre des gens qu’ils puissent se débrouiller en anglais", dit la jeune femme de 27 ans.

            [Lia Venn, "Für 500 Kinder auf der Welt ist Esperanto zweite Muttersprache", Frankfurter Rundschau , 13 09 2002]

            18. Le ministre de l’éducation Chaturon Chaisang a relevé que l’incapacité de la plupart des étudiants à communiquer en anglais malgré les années qu’ils ont consacrées à l’étude de cette langue met bien en lumière l’échec auquel aboutit l’enseignement des langues en Thaïlande.

            [Chatrarat Kaewmorakot, "Calling for an overhaul of the teaching of English in Thai schools", The Nation (Bangkok), 28 août 2005.]

            19. [...] Des millions de personnes utilisent l’anglais chaque jour pour négocier, gérer leurs opérations bancaires et faire des affaires. On peut supposer que, depuis le temps, ils ont appris à s’y retrouver. "I am getting hang ?" [phrase incorrecte et intraduisible, quelque chose comme "On me pend ?", "On veut ma peau ?"] demande Satoshi Nishide, directeur de Daihatsu-Automobiles à Prague. M. Nichide, 31 ans, a étudié l’anglais pendant 10 ans et il fait des affaires dans cette langue depuis neuf ans. Il est assis à une table avec son personnel tchèque dans le bureau situé derrière la salle d’exposition, cherchant désespérément à comprendre. "Ça veut dire... J’y compte bien ?" se demande le directeur technique Vladimir Moravec. La directeur du département des pièces de rechange propose : "Peut-être : j’aimerais l’avoir ?". Et le directeur des ventes Arnost Barna : "J’aimerais y mettre un terme ?" "Je connais l’expression," dit M. Nishide. "Mais je ne sais pas." [...]

            [Barry Newman, "World Speaks English, Often None Too Well ; Results Are Tragicomic", The Wall Street Journal, vol. LXXVI, n° 110, 22 mars 1995]

            20. J’ai étudié l’anglais pendant une dizaine d’années. Mais regardez bien ce que nous avons appris en fait. Nous réussissons pas mal les examens et obtenons les certificats dont nous avons besoin, mais quand il s’agit de parler et de communiquer – la compétence linguistique qui compte pour de bon – nous sommes désemparés : nous ne trouvons pas nos mots, comme si nous n’avions jamais rien appris en anglais. Si le "broken English" [un anglais rudimentaire et plein de fautes] est tout ce que nous pouvons apprendre, autant s’en passer. Nous avons dépensé trop d’énergie à apprendre le "broken English" dans les établissements d’enseignement chinois.

            [Harry Wang, "Speaking must be focus of English language teaching", Shanghai Daily, 9 février 2006]

            21. Esperanto, a Western Language ? Nov 20, 2004

            Pour ce qui est du caractère européen ou occidental de l’espéranto, lisez l’essai du romancier suisse Claude Piron "L’espéranto, langue occidentale ?" sur http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/langueoccidentale.htm

            Salutations Giridhar Hyderabad Inde

            Répondre à ce message

  • > Masochisme planétaire

    21 juillet 2006 11:47

    Masochisme planétaire

    Alors que l’anglais pose des problèmes pour les natifs anglophones eux-mêmes, à quel degré de masochisme l’humanité est-elle arrivée pour se laisser imposer cette langue sans considération du coût humain et financier ?

    Lorsque Charles Dickens avait écrit, en français, le 7 juillet 1850, dans une lettre à John Forster : “La difficulté d’écrire l’anglais m’est extrêmement ennuyeuse. Ah, mon Dieu ! si l’on pouvait toujours écrire cette belle langue de France !”, il était sans doute loin d’imaginer que certains s’efforceraient par la suite d’imposer l’anglais au monde et que d’autres subiraient ce sacrifice sans se poser de questions, et ceci alors que l’anglais est handicapant même en pays anglophones.

    Certains de ceux qui subissent cette situation disent ne pas croire en l’espéranto alors qu’il s’agit d’une langue et non d’une croyance religieuse.

    En fait, ce sont eux qui croient religieusement qu’il est impossible de s’en sortir, que tel est le destin. Inch’Allah ! Et ils freinent des quatre fers, comme des fous d’Allah ou des défenseurs de l’infaillibilité pontificale, pour que le règne de l’anglais ne soit pas remis en question, pour que la question d’une alternative ne soit jamais mise à l’ordre du jour.

    Une étude réalisée dans une quinzaine de pays par Philip Seymour, professeur en psychologie cognitive de l’Université de Dundee, en Écosse, a fait ressortir que les élèves Britanniques mettent deux à trois ans pour arriver à lire des mots simples quand les autres petits Européens atteignent le même résultat en un an seulement dans la leur : “le record de lenteur revient bel et bien aux anglophones” et, “au test de lecture, l’anglais remporte la palme de la langue la plus difficile” (Anna Lietti, “Le Temps”, Suisse,14.09.2001).

    Le 16 mars 2001, la revue “Science” publiait le résultat de recherches sur la dyslexie. Cette difficulté de lecture touche environ un million d’enfants en France. Elle atteint plus fréquemment les élèves anglophones, un peu moins les francophones et très peu les italophones. Il y a deux fois plus de cas aux États-Unis qu’en Italie. Est-ce un hasard si la dyslexie a été découverte et décrite pour la première fois, en 1895, par un chirurgien-ophtalmologiste anglais, James Hinshelwood ?

    La raison se trouve dans la complexité graphique et phonétique de l’anglais qui a besoin de 1120 combinaisons de lettres (graphèmes)pour obtenir une quarantaine de sons (phonèmes) alors que le français a 190 graphèmes pour 35 phonèmes et que l’italien, langue claire et harmonieuse, se contente de 33 pour 25 phonèmes. Notons en passant que, sur ce plan comme sur bien d’autres, la langue qui se rapproche le plus de la perfection est l’espéranto avec 28 lettres pour 28 sons.

    “Comme de nombreuses lettres ont une prononciation différente en anglais, le dyslexique se sent très insécurisé“, écrit Ingrid Paulsen.

    Professeur d’anglais en Allemagne [1], elle a constaté des difficultés de différenciation auditive, de différenciation visuelle, d’erreurs dues aux troubles d’orientation spatiale et aux troubles séquentiels, par exemple l’inversion conduisant à transformer “god“ (Dieu) en “dog” (chien), et des difficultés de mémorisation de l’image du mot et de sa consonnance.

    Le très renommé “Los Angeles Times” (31.03.2002) a signalé pour sa part l’apparition d’un autre phénomène ahurissant en Corée. De plus en plus de parents coréens font subir une opération chirurgicale à leurs enfants de moins de cinq ans pour qu’ils puissent mieux prononcer l’anglais. Cette opération coûte de 230 à 400 dollars. Elle consiste à inciser le frein de la langue afin qu’elle puisse mieux s’allonger et devenir plus souple. Parler l’anglais tourne à l’obsession. Le charlatanisme se porte bien.

    D’après le quotidien coréen “Dong - A”, “L’anglais est en train de faire de l’enfance un enfer”. Selon Jonathan Hills, qui enseigne cette langue sur la chaîne de télévision éducative nationale : “Apprendre l’anglais est devenu la religion nationale”... Il n’est pas rare que des parents coréens contraignent leurs enfants de six mois à rester devant un téléviseur durant des heures pour regarder des cassettes vidéo d’enseignement de l’anglais.

    Entre religion et exploitation éhontée du mystère, des superstitions, de l’irrationnel, des instincts, il n’y a que peu de place. Langue sans mystères, l’espéranto ne promet pas un paradis futur ou post mortem, mais la possibilité vérifiable de procurer vite et bien, et à moindre coût, le moyen pratique d’accès à un vrai dialogue à tous les habitants de la planète.

    Professeur de linguistique appliquée à l’université de Melbourne, Alastair Pennycook avait enseigné l’anglais à Hong Kong et en Chine pour gagner de l’argent. Il a fait part de ses observations dans deux ouvrages difficiles à trouver autrement que par les librairies en ligne : “The Cultural Politics of English as an International Language” [2], “English and the discourses of Colonialism” [3]. Pennycook constate que, sans que les professeurs d’anglais en prennent conscience, l’enseignement de l’anglais tend à créer, si elle n’existe pas déjà, et à renforcer, une influence de type colonial sur l’entité qu’elle vise. L’usage de l’anglais conduit dans la plupart des cas à des échanges sans profondeur, se limitant aux nécessités. Cette même constatation avait été faite aussi, au Japon, par un citoyen espérantiste des États-Unis, Joel Brozovsky [4] : les gens s’adressent à des natifs anglophones, dans un semblant d’anglais, essentiellement pour des questions d’affaires ou d’argent. Tout ce qu’il y a d’humain est rendu étranger par ce sabir.

    Britannique, proposé pour le prix Nobel en 1998, William Auld est l’un des plus prestigieux écrivains en espéranto. Il avait écrit, dans “Pri lingvo kaj aliaj artoj” : “Je suis possesseur natif de l’une des ces « principales langues vivantes » à laquelle quelques personnes attribuent la destinée de langue « internationale ». Et je souhaite enfin noter publiquement le fait que je déteste écouter des étrangers qui, ayant consacré de nombreuses années à l’étude de cette langue, la malmènent, la distordent et la torturent. Ça m’agace déjà de choisir mon vocabulaire conformément aux capacités élémentaires de locuteurs ayant même assez « progressé », d’écouter, et de lire, leurs erreurs grammaticales grotesques et leur prononciation disgracieuse ; j’en ai déjà assez des conversations hésitantes, des malentendus directs des deux interlocuteurs, des banalités dues à l’incapacité d’exprimer des pensées profondes en langue étrangère, de l’incompréhension de mes idiotismes et de la maladresse rigide des leurs.”

    Le 26 décembre 1993, "L’Est Républicain", avait rapporté une déclaration faite par Michel Serres, académicien, philosophe, historien des Sciences, professeur à Paris et à l’Université de Stanford, à propos du problème de défense de la langue française : “Tout cela est notre faute, mais ça peut se réformer très vite. Il suffit que le peuple qui parle français se révolte contre ses décideurs. Moi, je suis du peuple, ma langue est celle des pauvres. J’invite les pauvres à se révolter contre ceux qui les obligent à ne rien comprendre.“ Il avait dit aussi qu’il y avait plus de mots anglo-américains sur les murs de Paris qu’il n’y avait de termes allemands durant l’Occupation.

    Il est plus facile aujourd’hui de compter les publicités qui utilisent un fond sonore ou visuel en français qu’en anglais. En donnant du fumeur une image valorisante pour les simples d’esprit (cow-boy, bourlingueur, etc.), la pub a favorisé le tabagisme et transformé ainsi, parmillions à travers le monde, des personnes (des jeunes, de plus en plus de femmes) en loques humaines qui s’aperçoivent un peu tard, sur un lit d’hôpital, qu’elles en mènent moins large. Aux États-Unis, c’est 150 000 morts par an : le World Trade Center multiplié par 49. Sans parler du coût social. Le terrorisme, Al Qaïda, c’est du menu bricolage face à l’industrie du tabac. L’État le plus coûteusement armé du monde, facteur d’insécurité mondiale avec son industrie de mort, est totalement impuissant contre ce terrorisme discret, efficace, légalisé.

    La pub se fout du monde. Et en anglais !

    Remède possible : le boycott, en le faisant savoir aux marques qui jouent la carte du conditionnement, comme si l’anglais était signe d’intelligence, de modernité, de supériorité.

    Quand la pub se fout du monde, c’est vital pour le monde de se foutre d’elle ! [5]

    Henri Masson (site de SAT Amikaro)


    [1] site

    [2] Longman, Londres. 1994 (La politique culturelle de l’anglais en tant que langue internationale)

    [3] Routledge, Londres. 1998 (L’anglais et le discours colonialiste)

    [4] Joel Brozovsky : “Pourquoi un Américain utilise-t-il l’espéranto ? / Kial Usonano uzas Esperanton ?”, en section documents de ce site

    [5] Sites antipub parmi d’autres : www.antipub.net, www.casseursdepub.org.

    Répondre à ce message

  • VIOLENCES...

    Martine TIMSIT-BERTHIER Neuro-Psychiatre, Docteur en Sciences 19 Bau Rouge, CARQUEIRANNE 83320 timsit.berthier@wanadoo.fr

    journées de réflexion de l’Afscet Moulin d’Andé, 18-19 mars 2000

    (extraits)

    Définitions

    Le terme de violence caractérise ce qui se manifeste avec une force intense, extrême, brutale. Il concerne aussi bien les éléments que les êtres vivants. Il traduit un abus de force avec un caractère intense, brutal et aveugle sans relation à l’autre.

    La notion de violence se réfère généralement à la violence physique .

    Le concept de "violence sociale" implique une force dévastatrice et destructrice, sans projet et d’autant plus difficile à contrôler qu’il n’y a rien à négocier. Actuellement, il est utilisé plus volontiers que d’autres termes tels que agression, maltraitance, affrontement.

    Le terme d’agression est utilisé pour traduire l’attaque contre les personnes et les biens, visant à les détruire, à les humilier. Ce concept implique un rencontre, une relation. Le comportement agressif a été considéré par Freud comme "une prédisposition pulsionnelle originelle et autonome" contre laquelle s’efforce de lutter la culture.

    La maltraitance concerne un ensemble de comportements préjudiciable à une personne dans la continuité d’un lien déjà établi.

    L’affrontement est le fait d’aller hardiment en face d’un adversaire ou d’un danger et la notion de conflit implique la rencontre d’éléments contraires, incompatibles.

    Ainsi, par rapport aux termes d’agression ou de maltraitance, le concept de violence implique un rapport à l’autre déshumanisé. Il évoque une réalité abstraite qui n’interpelle pas l’individu dans ses capacités d’émotion, de réflexion et d’identification. Cette mise à distance peut amener à considérer "la violence" comme un phénomène étranger à l’être humain, comme une "déviance" que l’on doit "corriger" par un effort de "gestion" de la Société.

    Or, le problème est infiniment plus complexe car la violence peut être aussi considérée comme une des dimensions fondamentales de la personne humaine, habitée à la fois par des pulsions de vie et de mort. N’est ce pas l’être humain, en effet, le seul animal capable de meurtres "intra-spécifiques" ?

    Bien plus, lorsqu’on essaye de définir, concrètement, une conduite violente ou un acte de violence, on se heurte immédiatement au problème du choix des critères et du cadre de référence que l’on se donne. Un "acte" n’apparaît jamais aussi "violent" pour son auteur que pour sa victime. Et, il est admis actuellement qu’un acte ne peut être jugé comme violent qu’en référence à des normes, à une situation et à un contexte. Un acte de violence est avant tout un acte de transgression. Ainsi, le même acte pratiqué sur un terrain de rugby, dans une cour d’école ou à la chambre des députés ne sera pas considéré de la même façon comme un "acte de violence".

    La notion de "violence symbolique" développée par P. Bourdieu éclaire toutes les difficultés soulevées par la définition des critères qui permettent de décider de la violence d’un acte.

    La violence symbolique s’exprime à la fois, de façon objective par des règles, des lois, des mécanismes de régulations sociales et de façon subjective, dans les esprits, sous forme de pensées, de schèmes de perception. Elle est l’aboutissement d’un processus qui l’élabore à la fois dans les institutions et dans les mentalités. Ainsi, cette violence symbolique apparaît comme le résultat d’une longue série d’expériences étalées dans l’histoire mais elle se présente comme "naturelle", allant de soi.

    Dans cette perspective, le dominé perçoit celui qui lui fait violence à travers des concepts, des systèmes de pensées que la relation de domination a produit. De ce fait, il n’a à sa disposition que les instruments de connaissance qu’il partage avec le dominant et qui est précisément une expression de la relation de domination.

    A la différence de la violence physique, cette violence est douce, invisible. Elle est associée à la domination linguistique et fonde une relation de connaissance profondément obscure à elle même. C’est une forme de pouvoir qui s’exerce sur les corps et les esprits directement, comme par magie, en dehors de toute contrainte physique. La plus grande violence serait ainsi celle du langage et paradoxalement, la plus grande liberté proviendrait de notre capacité à inventer de nouveaux symboles et c’est dans cette perspective que l’on pourrait interpréter l’invention de nouvelles langues, dans les banlieues "chaudes" de nos grandes villes, invention qui constituerait un des rares moyens d’échapper à la violence symbolique de la société à "2 vitesses".

    Une forme extrême de violence sociale est constituée par le phénomène de "désaffiliation", rencontré dans les milieux de la précarité et de l’exclusion (J. Furtos, 1999). On peut d’ailleurs remarquer que ces termes de "précarité" et d’exclusion" participent à cette violence symbolique dénoncée par P. Bourdieu, dans la mesure où ils invitent à une lecture laïque et professionnelle de la ségrégation sociale en apportant une alternative conceptuelle aux notions de "pauvreté" ou de "lutte des classes". Il n’y aurait plus là, en effet, une réalité susceptible d’interpeller l’individu dans ses sentiments de fraternité et de solidarité mais un problème social parmi bien d’autres, mis à distance de tout investissement personnel et émotionnel et nécessitant là encore un effort de "gestion" de la société.

    La "désaffiliation", terme créé par Robert Castel, exprime l’état des personnes qui ont perdu le sentiment d’être citoyen et qui ne se sentent plus incluses dans la chaîne des générations. A ce stade, l’exclusion sociale se double d’une auto-exclusion, tant physique que psychique, qui se traduit par une négation de la souffrance. Pour ne plus souffrir, il semble que le sujet se coupe de lui-même. En effet, ces sujets refusent les soins et les aides qu’on leur propose et ne semblent même plus capables d’assumer leurs propres souffrances, physiques et morales. Il me semble qu’il y a alors une double violence, celle infligée à "l’exclu" mais aussi celle qu’il nous inflige dans la mesure où la souffrance, qu’il semble ne plus ressentir, peut alors être vécue par ceux qui en sont spectateurs. (...)

    L’utilisation de moyens répressifs et de sanctions ne peut avoir d’influence dissuasive que sur les comportements agressifs à visée utilitaire de sujets qui se présentent comme des prédateurs n’ayant aucune capacité d’identification avec leur victime. En revanche, elle ne peut qu’exaspérer les comportements agressifs de sujets déjà sur la défensive et se sentant, à tort ou à raison, menacés de toute part. Et l’on peut penser, avec P. Bourdieu, que les "exclus", soumis à la violence symbolique de notre société se trouvent souvent sur la défensive.(...)

    En guise de conclusion : (...)

    Il n’y a pas si longtemps, l’autorité qui posait les critères de référence pour juger de la violence était constituée par la Religion, l’Etat et la famille. Ce sont ces trois institutions qui exerçaient la violence symbolique et c’est contre elles que s’élevaient les protestations plus ou moins violentes des sujets qui cherchaient à se libérer des liens de domination.

    Actuellement, c’est à travers des discours scientifiques que tend à s’exercer cette violence symbolique et les discours "d’experts" visent souvent à légitimer les rapports de domination. (...)

    Répondre à ce message


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette