jeudi 8 février 2007, par Bernard Cornevin
Selon la droite atlantiste comme le Sarkozy italien Berlusconi, il faudrait développer uniquement l’apprentissage de la « langue des affaires » car ce serait une langue facile qui serait devenue neutre du fait de son expansion dans le monde.
Sa facilité est un mythe ! Il faut compter environ 10000 heures d’apprentissage soit l’équivalent de six années de travail pour une véritable maîtrise de l’anglais à un haut niveau selon Claude Piron, traducteur international d’anglais et de chinois à l’O.N.U. et à l’O.M.S. : enseignement obligatoire, stages, formations et séjours sur place, remises à niveau de sept ans à la retraite…
Sa neutralité est aussi un mythe ! Le seul Royaume-Uni obtient du reste de l’Union européenne un transfert net de 17 milliards d’euros par an, soit déjà trois fois le ticket britannique, dû à la primauté économique de l’anglais. C’est ce que nous apprend le rapport Grin sur L’enseignement des langues étrangères comme politique publique remis fin 2005 au ministère de l’Education nationale en France à la demande du Haut conseil de l’évaluation de l’école. Il s’agit donc d’une sorte de taxe linguistique en temps et en argent.
La rente financière des grandes firmes et grands pays anglophones s’appuie sur l’hégémonie linguistique. Dans l’économie du XXIe s., appelée souvent économie de la connaissance qui n’en est qu’à ses débuts, la prédominance croissante de l’anglais s’accompagne aussi d’un progrès de l’idéologie néo-libérale ainsi que d’un drainage des cerveaux facilitant l’essor de leurs rentes de domination.
Dans l’U.E. une discrimination insidieuse se développe envers les 88 % de non anglophones. Dans beaucoup d’ entreprises la précarisation et la déqualification sont aggravées par la politique illégale en France du tout anglais. Les salariés sont obligés de s’y conformer car : « avouer ses limites s’apparente alors à un quasi-échec professionnel ».
Le « tout anglais » progresse de plus dans les instances de l’’Union européenne. La part des documents soumis à la Commission européenne en langue anglaise est passée de 30 % en 1989 à 55 % en 2004 et ne cesse d’augmenter. Le directeur du British Council en Allemagne affirmait le 26 janvier 2002 que « l’anglais devrait être la seule langue officielle de l’Union européenne ». Pourquoi les anglophones natifs seraient-ils dispensés d’étudier des langues étrangères ? Tant qu’’une langue sera dominante, les locuteurs des autres langues seront inférieurs. Ne nous avouons pas vaincus ! Rappelons que ce n’est nullement la langue anglaise en tant que telle qui est en cause, mais bien la domination linguistique comme mode de fonctionnement, quelle que soit la langue au bénéfice de laquelle elle s’est établie.
Hégémonie ou équité ? Selon le rapport Grin, l’U.E. a le devoir de prendre conscience du rôle hégémonique de l’anglais et de son inadéquation avec le modèle européen. Certaines mesures essentielles doivent être prises ou maintenues : l’’interdiction de toute dérive dans la politique du personnel des institutions européennes, en particulier des offres d’emplois exigeant l’anglais comme langue maternelle ; la diffusion d’’informations et la sensibilisation du public et des médias au problème de la justice linguistique ; une fermeté absolue des États en matière de préséance de leur droit à prendre des dispositions concernant la langue de l’étiquetage des produits…
Une langue accessible à tous ? Le besoin d’une langue auxiliaire internationale dans une Europe comportant 23 langues officielles est évident. Les européens ne peuvent se contenter d’une lingua franca imprécise pour ce rôle ou d’une langue nationale qui ne peut être maîtrisée à un haut niveau que par une élite. L’Union doit prendre en considération les recommandations de l’UNESCO envers l’espéranto, et proposer une langue équitable qui respecte la diversité culturelle.
L’alternative d’une politique permettant un réel plurilinguisme doit être mise en place. La reconnaissance de la diversité linguistique ne doit pas se limiter à l’apprentissage de deux langues étrangères. L’Union européenne doit avoir l’ambition de doter les citoyens des outils leur permettant d’accéder à cette diversité culturelle.
L’esperanto a une culture propre. Historiquement il a été durement réprimé par les dictatures et censuré particulièrement par les forces de droite. Cependant il est parlé depuis plus d’un siècle par une communauté transnationale de plus de deux millions de personnes présentes dans plus de cent pays.
L’esperanto est facile ! De par sa régularité, sa simplicité, sa clarté et le choix d’un lexique international, il s’apprend huit à dix fois plus rapidement que l’anglais et gratuitement sur le net. Maurice Genevoix, qui fut secrétaire perpétuel de l’Académie française a écrit : « l’espéranto est capable d’exprimer les nuances les plus subtiles de la pensée et du sentiment ».
C’est une langue internationale pont ! Une langue commune et en aucun cas unique doit être équitable, conformément aux traités de l’U.E. qui mettent les différents pays et langues nationales à égalité. Chaque citoyen doit pouvoir lire les textes européens dans sa langue. Mais il faut aussi une langue de travail qui assure un accès plus équitable aux documents préparatoires par exemple de la Commission. Un amendement de la socialiste Pervenche Bérès au Parlement Européen pour l’examen de l’introduction de l’’espéranto comme langue pivot neutre a malheureusement échoué à cause du vote de la droite européenne qui s’y est opposée.
La gauche devrait encourager son enseignement propédeutique dans le primaire où il est une langue idéale du fait de sa facilité pour lever les appréhensions et blocages concernant l’apprentissage d’autres langues.
Demandons aussi l’instauration d’une option facultative au baccalauréat. Soutenons les propositions de loi de nombreux députés notamment socialistes, pour ajouter l’espéranto aux 64 langues disponibles pour les épreuves facultatives du baccalauréat. Il est déjà reconnu au bac hongrois depuis 1995 et il y est devenu la troisième langue.
Comme Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand d’avant 1981 soutenons l’’esperanto.
Avec Internet la communication internationale prend de plus en plus de place dans notre vie quotidienne, et ne doit plus être l’affaire des seules élites anglophones.