jeudi 20 juillet 2006, par espo
Comparaison entre l’anglais(En) et l’espéranto (Eo)
1.Alphabet En : non phonétique de 26 lettres (46 phonèmes, 20 voyelles) ; Eo : phonétique.
2.Prononciation En : chaotique, insaisissable ; impossibilité de fixer une norme ; Eo : toute lettre se prononce et représente toujours le même son.
3.Accent d’intensité (ou tonique) En : indéfinissable, fixé par l’usage, aucune norme ne peut être établie ; Eo : toujours sur l’avant-dernière syllabe (la pénultième).
4.Verbes irréguliers En : 283 ; Eo : aucun.
5.Conjugaison Radical En : variable ; Eo : invariable.
6.Identification de la fonction grammaticale En : confuse ; nombreuses relations grammaticales inexprimées ; Eo :claire et immédiate
7.Syntaxe En :rigide, ordre rigoureux des mots ; Eo : très souple
8.Formation des mots dérivés [1] En : possibilités réduites (5%) ; Eo : vastes possibilités
9.Indice d’agglutination [2] En : 0,30 ; Eo : 1
10.Idiotismes En : innombrables ; Eo : quasi inexistants
11.Homonymes En :très nombreux ; Eo : quasi inexistants
12.Polysémies [3] En : très nombreuses [4] ; Eo : rares
13.Vocabulaire nécessaire pour comprendre un texte ordinaire [5] à 80-90% En:2000 mots ; Eo : 500 mots + 50 éléments ; et à 99%, En : 7000 mots ;Eo : 2000 mots
14.Temps nécessaire pour atteindre un niveau de maîtrise correspondant à celui du baccalauréat [6] 1500 heures pour un francophone 150 heures pour un francophone
Références :
[1] "Lingvistikaj aspektoj de Esperanto", Dr John C. Wells ; professeur de phonétique de la langue. anglaise à University College, Londres.
[2] "Lingvistikaj aspektoj de Esperanto", Dr John C. Wells ; professeur de phonétique de la langue. anglaise à University College, Londres.
[3] Edward Thorndike, pédagogue et éducateur américain renommé.
[4] 21 120 significations pour les 850 mots du vocabulaire de base.
[5] "Fortoj de l’vivo", Vilho Setälä, linguiste finlandais
[6] Prof. Helmar Frank, directeur de l’Institut de Cybernétique de Paderborn, Allemagne.
Les problèmes d’enseignement des langues persistent et prennent même de l’ampleur dans le monde entier. Ceux de mauvaise compréhension linguistique et même d’incompréhension totale aussi.
Les langues sont pourtant de plus en plus enseignées, depuis déjà longtemps, sans véritable attention aux conséquences qui résulteront de cet enseignement. Curieusement, plus il est question díenseignement des langues (au pluriel), plus les programmes ne dirigent que vers une seule. Il en résulte une forte tendance à la monopolisation du savoir avec contrôle des flux d’échanges, líorganisation de la fuite des cerveaux et la discrimination de 92% de l’humanité par une langue non étrangère à 8% .
Dans une telle situation, l’avis exprimé dès 1976 dans la revue "Horizonto" (avril-mai) par le professeur Max Mangold, sous le titre "Considérations scientifiques et linguistiques de la facilité d’apprentissage de l’espéranto", mérite d’être pris en considération. Linguiste renommé, Max Mangold a enseigné la phonétique et la phonologie durant 30 années à l’université de Sarrebrück. Il avait commencé à apprendre l’espéranto à 15 ans. Parmi ses plus grands mérites figure l’élaboration d’une écriture pour les langues africaines seulement parlées auparavant : "Le danger d’échouer aujourd’hui dans l’apprentissage d’une langue étrangère, en raison de la moins forte persévérance des jeunes, est beaucoup plus grand qu’il y a 40 ans. C’est pourquoi il semble aujourd’hui préférable de commencer par une langue facile exigeant moins de temps que le grec et le latin. Voilà que s’impose en quelque sorte une langue facile dans tous les cas. Le danger d’échouer dès le début est le plus réduit. Les quatre aptitudes (parler, comprendre à l’écoute, écrire, lire en comprenant) sont les plus rapides à acquérir, avant tout l’aptitude à lire, ce qui signifie déjà le premier succès. Un accès plus facile aux langues romanes et au latin, en fin de compte aux éléments latins de l’anglais, peut s’ouvrir à partir de l’espéranto. Alors qu’aujourd’hui des langues comme le latin et le grec comme première langue en effraient beaucoup de l’apprentissage des autres langues étrangères, l’espéranto comme langue de début en encouragerait beaucoup à risquer l’accès aux autres langues étrangères. Finalement, on pourrait établir et suivre le principe : plutôt bien apprendre une langue facile que d’en apprendre mal une difficile."
Une même constatation et un même avis ont été exprimés entre autres en Allemagne par le professeur Helmar Frank, directeur de l’Institut de Cybernétique de Paderborn, qui a expérimenté un enseignement comparatif sous contrôle scientifique ; en France par Georges Kersaudy, l’auteur de "Langues sans frontières" (éd. Autrement, Paris), qui a appris l’espéranto dans sa jeunesse et qui a atteint l’aptitude à parler, écrire et traduire 51 langues d’Europe et d’Asie sans compter la connaissance passive de quelques autres ; aux États-Unis par Mario Pei, pédagogue, linguiste et auteur qui, le 15 juillet 1973, avait écrit au président de l’Université de Fort Lauderdale (Floride) : "Les étudiants unilingues soumis à un cours relativement bref d’espéranto, poursuivant ensuite l’étude de langues étrangères ethniques, sont bien meilleurs dans les dernières que ceux qui ont affronté des langues sans préparation. Ainsi, des cours d’espéranto, comme élément régulier du cursus, sont pleinement justifiés au présent comme au futur, avec le mérite supplémentaire que, du fait que l’espéranto est actuellement pleinement opérant comme langue parlée et littéraire, avec plusieurs millions de locuteurs partout sur le globe, et inspiré par une véritable idéologie mondiale donnant toute aide possible et aisance à l’étranger espérantophone, il est la langue d’une utilité pratique actuelle considérable."
Henri Masson (article reproduit sur le site de Sat-Amikaro)
Dans l’émission "Inoxydable" (10 novembre 2006), Alain Rey a dit que l’espéranto pouvait fonctionner avec les Européens, mais pas avec les Chinois. Permettez-moi de le contredire. J’ai travaillé en Asie orientale, et j’ai un diplôme de chinois. Les contacts qui m’ont été le plus agréables dans ces pays sont avec les personnes, Chinois notamment, qui savaient l’espéranto. Leur espéranto s’est toujours révélé bien meilleur que leur anglais, pour ceux qui l’avaient appris, et que mon chinois. C’était donc entre nous la langue idéale. Je ne sais pas le japonais, mais j’ai eu de nombreux contacts aussi aisés et sympathiques avec des espérantophones japonais.
M. Rey n’a pas tenu compte du fait que l’espéranto se compose, comme le chinois, de blocs invariables qui se combinent sans restriction. C’est pourquoi il est pour un Chinois 30 à 50 fois plus facile que l’anglais.
Je l’invite à lire les témoignages d’Asiatiques ayant appris et l’espéranto et l’anglais que j’ai regroupés sous le titre "Asie : anglais ou espéranto" (http://claudepiron. free.fr/articles enfrancais/ easie.htm). Je traite également de la question de la ressemblance entre l’espéranto et le chinois dans mon article "Une langue simple peut-elle être une langue à part entière ?" (http://claudepiron. free.fr/articles enfrancais/ simple.htm). D’autres faits confirmant ma position sont exposés dans "Langue occidentale, l’espéranto ?" (http://claudepiron. free.fr/articles enfrancais/ langueoccidental e.htm).
Je suis à votre disposition pour tout éclaircissement si ces textes ne suffisaient pas à rétablir la vérité.
J’ai entrepris une recherche psychosociologique sur les opinions relatives à l’espéranto en vue d’élucider leur origine et les canaux par lesquelles elles se propagent. Alain Rey, pour qui j’ai par ailleurs la plus grande estime, aurait-il l’amabilité de me dire sur quelle étude, quelle analyse de texte, quelle enquête, ou sur quelle source bibliographique il se fonde pour affirmer que l’espéranto ne convient pas aux Chinois, chose parfaitement contraire à une réalité facile à vérifier ?
Un grand merci d’avance !
Claude Piron, auteur du "Défi des langues" (L’Harmattan) .
Lettre de Claude Piron à Agoravox (23.03.06) : Commentaire à l’article Une langue pour faire aimer le français et les autres langues
Il est bon que la première langue étrangère soit à la fois rigoureuse et libre. Rigoureuse, parce que c’est comme cela qu’on apprend à raisonner correctement. Libre, parce que c’est ainsi qu’on découvre que notre manière à nous de formuler notre pensée n’a rien d’universel, ce qui nous fait prendre du recul par rapport à notre langue maternelle et nous prépare aux formulations différentes des langues étrangères. Ce qui est une faute dans une langue peut être obligatoire dans une autre. En français, on dit je regarde le musicien. Dire je regarde au musicien serait une faute. En espagnol ce serait une faute de ne pas le dire. L’espéranto, comme première langue étrangère, a le mérite d’être à la fois rigoureux et libre. On peut dire aussi bien mi rigardas la muzikiston que mi rigardas al la muzikisto. La rigueur exige qu’on distingue le sujet du complément, mais qu’on le fasse par un n ou par une préposition est indifférent : on est libre.
En espéranto, la liberté vient de la rigueur. C’est parce que la terminaison -as marque toujours et exclusivement le verbe au présent (rigueur) qu’on peut dire (liberté) mi violonas ’je joue du violon’, li busas ’il fait le trajet en bus’, ’il se déplace en bus’, nebulo grizas ’un brouillard « grisoie »’, ili furiozas ’ils sont furieux’ (traduction inexacte parce que trop statique, ce serait plutôt ’ils tremblent de fureur’, ’ils vivent une intense fureur’, ’leur comportement, leur expression manifestent leur fureur’), c’est-à-dire qu’on a la faculté de faire de n’importe quel concept un verbe, ce qui augmente sensiblement l’expressivité des énoncés.
L’espéranto a été ma première langue étrangère, et cela a changé ma vie. Il m’a donné l’envie d’apprendre d’autres langues et m’en a facilité l’assimilation, de sorte qu’à 25 ans je me suis retrouvé traducteur à l’ONU (où, soit dit en passant, j’ai fait la connaissance de Georges Kersaudy, cité par « hm » dans le texte précédent). En espéranto, les rapports grammaticaux et sémantiques sont transparents, de même que les fonctions grammaticales. De ce fait, on apprend sans effort toutes sortes de choses importantes pour l’acquisition ultérieure d’autres langues.
L’anglais a l’effet inverse, parce qu’il manque de rigueur. Il donne à l’élève l’impression que n’importe quoi peut aboutir à n’importe quoi. Par exemple pour mettre ’femme’ au pluriel, il faut, par écrit, remplacer le a de woman par un e (’femmes’ s’écrit women), mais, oralement, il faut remplacer le son /ou/ de woman (son écrit o) par un son /i/ , également écrit o, (women se prononce /wim’n/). Et la grammaire anglaise ne permet pas de savoir si le homeless lawyer dont parle John Grisham dans "The Street Lawyer" (Londres : Century, 1998, p. 187) est un avocat qui s’occupe des SDF ou un avocat qui, faute de domicile fixe, passe ses nuits sous les ponts. Bon, on finit par comprendre de quoi il s’agit, grâce au contexte, mais ce n’est pas comme cela qu’on s’habitue à penser clairement. Et il n’y a pas toujours de contexte. Dans une liste de fournitures, allez savoir si washer désigne une ‘rondelle de caoutchouc’ ou une ‘machine à laver’.
L’apprentissage d’une langue étrangère comprend toujours deux volets : se déconditionner de la langue maternelle, se reconditionner avec les structures de la langue apprise. Si l’on acquiert plus facilement une troisième langue qu’une deuxième, c’est parce que l’étape "déconditionnement" a déjà été franchie. Mais on a tout intérêt à assurer ce déconditionnement sans reconditionner immédiatement l’élève dans une langue pleine d’arbitraire et d’aberrations. L’espéranto est sans doute idéal à cet égard. C’est un fait que ceux qui ont appris l’espéranto dans l’enfance deviennent plus facilement polyglottes que leurs camarades n’ayant pas eu cette chance. Et c’est également un fait qu’ils ont une meilleure maîtrise de leur langue maternelle. Le bon sens n’exigerait-il pas qu’on tienne compte de ces faits ?
http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=8144
La langue est difficile Après 2000 heures d’études d’anglais, le Japonais ou le Chinois moyen n’ont en principe toujours pas de connaissances suffisantes de la langue pour la pratiquer, ils rencontrent de plus des difficultés à la prononcer. D’expérience, 250 heures d’enseignement en moyenne de l’espéranto à des jeunes asiatiques suffisent pour qu’ils maîtrisent l’espéranto et le prononcent correctement.
Ecouter ne suffit pas Il ne suffit pas d’écouter une langue pour l’apprendre. On avait auparavant recommandé aux parents sourds de permettre à leurs enfants de regarder beaucoup la télévision. Ceci ne s’est pas avéré avoir une influence quelconque sur le développement linguistique de ces enfants.
10 000 formes verbales L’anglais comporte 180 verbes irréguliers, ce qui est plus difficile que cela peut paraître. Les substantifs anglais peuvent prendre deux formes par exemple tooth et teeth (dent et dents). Les verbes se déclinent en quatre formes work, works, worked, working (travailler). En espagnol, chaque verbe peut avoir jusqu’à cinquante formes différentes.
L’anglais scolaire ne suffit pas Il n’est pas suffisant de vouloir faire des choses au Parlement européen ou aux réunions des Nations Unies s’il faut sans arrêt s’en remettre à un interprète. On doit pouvoir convaincre, argumenter, débattre, susciter l’intérêt. L’anglais scolaire ne suffit pas, il faut des années d’études et de pratique. Combien de nos hommes politiques ont-ils pu y parvenir durant leurs carrières ?
L’anglais Il existe un bon nombre de variantes de la langue anglaise, qu’elles soient relatives aux mots, à la prononciation, à l’orthographe. On parle et on écrit l’anglais différemment qu’on se trouve aux Etats-Unis, en Australie, en Belize, au Canada, en Angleterre, dans les Philippines, à HongKong, en Inde, en Indonésie, en Irlande, en Jamaïque, dans les Caraïbes, en Malaisie, en Nouvelle Zélande, à Singapour, en Afrique du Sud, à Trinité et Tobago, au Zimbabwe. On trouve de telles variantes également en Angleterre. La plupart de ces variantes locales sont difficilement compréhensibles voire totalement incompréhensibles pour les Anglais. Dans la plupart des pays anglophones, on a voulu, pour des raisons nationalistes, parler sa propre variante de la langue anglaise.
En Suède, comme dans d’autres pays, on nous a appris à l’école la prononciation dite Received Prononciation (RP), c’est-à-dire la prononciation des gens cultivés, encore appelée Oxford English, Queen’s English (l’anglais correct) ou BBC English. Cet anglais n’est parlé que par 3 à 5% de la population anglaise. On trouve des variantes de RP dans les Iles Britanniques par exemple où on parle le londonien (cockney), on trouve également l’anglais de l’Estuaire, l’anglais du Pays de Galle, l’anglais du nord, l’anglais irlandais et la variante écossaise.
General American Aux Etats-Unis, on peut compter trois dialectes. L’Eastern est parlé dans les Etats du nord est comme à la Nouvelle Angleterre ou à New York, le Southern est parlé de la Virginie ou Texas et au sud de ces Etats. Le General American est parlé dans le reste du pays.
L’anglais est une langue à l’orthographe compliquée, à la grammaire jonchée d’exceptions et aux règles irrégulières. Combien de ceux qui ne parlent pas l’anglais maternellement peuvent-ils s’exprimer à l’écrit comme à l’oral pour discuter de questions politiques, techniques ou plus délicates… ? Quelques pourcents au plus – les plus doués en langue. Combien peuvent comprendre le Président des Etats-Unis quand il parle ? Très peu. Enfin, il faut ajouter que l’anglais évolue rapidement, qu’il est de plus en plus fréquent pour les écrivains anglophones d’utiliser des expressions argotiques même dans les textes politiques ou techniques. Ceci contribue à rendre l’anglais encore plus difficile.
Hiccough Il n’est pas toujours simple de savoir comment prononcer un mot anglais. Ainsi, la terminaison –ough se prononce de sept façons différentes. Voir la prononciation des mots though, tough, through, plough, cough, ought et hiccough.
Comme au 17ème siècle L’anglais s’écrit en grande partie comme il se prononçait au 17ème siècle. Il n’est pas possible de réformer ce système car il n’existe pas de système orthographique où un son correspond à une lettre. En cas de réforme du système orthographique des cinq voyelles et des vingt consonnes anglaises, il faudrait créer un nouvel alphabet ou une autre façon de prononcer, ce qui est impensable. Puisqu’il existe déjà une large variété de prononciations de l’anglais à travers le monde, on pourrait difficilement trouver un type de prononciation si accepté de tous qu’il pourrait jeter les bases d’une orthographe nouvelle. Par ailleurs, il n’existe pas de super organe linguistique avec un poids suffisant important pour introduire une réforme commune de l’orthographe.
Le professeur suédois d’anglais, Jan Startvik, pose dans son livre la question suivante « quel est le meilleur anglais ? », et il répond « Il s’agit de recommander tout d’abord deux variantes anglaises : la britannique et l’américaine… Celle qu’on appelle anglais américain est parlée par plus de personnes que quelque autre variante que ce soit et est souvent présente dans les films américains, dans les ondes… ce qui signifie qu’elle a un plus grand impact international. En outre, elle représente la puissance économique, scientifique et politique dominante. On peut même dire qu’elle est socialement neutre puisque sa prononciation est relativement la même dans toutes les catégories sociales américaines…. »
On peut également relever dans le livre du professeur Svartvik que « … les chercheurs écrivent de plus en plus en anglais. Mac Murray montre le risque de passer de sa langue maternelle à une seule langue étrangère – un anglais pauvre peut conduire à une activité intellectuelle pauvre : l’anglais des publications scientifiques souvent écrit par des personnes dont l’anglais n’est pas la langue maternelle … est un anglais pauvre en nuances et souvent catégorique. »
111 médecins Dans le cadre d’une étude réalisée en 2000, 111 médecins généralistes danois, suédois et norvégiens ont lu le même article synoptique pendant 10 minutes. La moitié l’a lu dans sa langue maternelle, l’autre moitié en anglais. Des questions étaient posées tout de suite après la lecture. En général, tous les médecins danois, norvégiens et suédois sont relativement à l’aise avec la langue anglaise grâce à l’enseignement reçu à l’école et grâce également à la télévision, aux films. De plus, leur langue est une parente de l’anglais. Ils lisent également des ouvrages d’études en anglais, sont abonnés à des revues médicales en anglais. Dans le cadre de cette étude, les médecins avaient indiqué qu’ils comprenaient tous l’anglais. 42% d’entre eux avaient même signalé qu’ils lisaient chaque semaine des communiqués en anglais.
Cette étude a révélé que les résultats obtenus par les médecins ayant lu l’article dans leur langue maternelle étaient bien meilleurs que ceux obtenus par la lecture du texte anglais. Les médecins qui avaient lu le texte en anglais avaient perdu 25% des informations que s’ils l’avaient lu dans leur langue maternelle. Läkartidningen numéro 26-27, 2002, revue spécialisée destinée aux médecins suédois.
Littérature traduite La plupart des universitaires suédois que je connais lisent en général la traduction de littérature anglaise en dépit de nombreuses années d’enseignement de l’anglais.
Lorsque les enfants suédois quittent l’école primaire (école obligatoire pendant 9 ans), ils possèdent un vocabulaire anglais actif de 1000 mots environ alors que le vocabulaire passif varie entre 1500 et 2000 mots.
500 000 mots Le vocabulaire de la langue anglaise est plus étendu que celui de n’importe quelle langue. Cela s’explique par le caractère « double » de ce vocabulaire qui comporte des mots d’origine germanique et romane (depuis la conquête normande de l’Angleterre au 11ème siècle). Le dictionnaire anglais le plus important du monde, Oxford English Dictionary, contient 500 000 mots mais, en réalité, on en compte bien plus puisque de nouveaux mots apparaissent sans arrêt. Le vocabulaire anglais de base comporte environ 15 000 mots. En connaissant ces mots, on peut ainsi comprendre 95% des textes et se débrouiller dans la plupart des situations linguistiques. Si le nombre de mots inconnus dans un texte dépasse 5%, le lecteur aura du mal à saisir une partie du contenu.
Le professeur américain Steven Pinker rappelle dans son passionnant livre The language Instinct des recherches conduites par William Nagy et Richard Anderson selon lesquelles l’élève moyen américain sortant de High School (après 12 années d’études consécutives, en général à l’âge de 18 ans) a un vocabulaire de 45 000 mots, sans compter les différentes déclinaisons, les noms propres, mots étrangers, acronymes (mots composés d’initiales qui se prononcent comme des mots banals comme OTAN, UNESCO) ou encore les mots composés. En prenant ces mots en compte, on aboutirait à un vocabulaire d’environ 60 000 mots. Ce qui signifie que l’élève a appris 10 mots par jour environ et ce, depuis sa naissance.
Royal mail L’anglais est une langue difficile même pour les Anglais. Une étude réalisée récemment par la Royal Mail (poste anglaise) a montré que les fautes d’orthographes et de grammaire coûtaient aux entreprises anglaises 6 000 000 000 de livres sterling en recettes manquées. 31% des participants à l’étude ont même avoué avoir fait appel à un autre partenaire commercial lorsque trop d’erreurs de langue s’immisçaient dans la communication.
L’anglais et son influence accrue en Suède Le suédois fait partie de la même famille des langues germaniques que l’anglais, ce qui en facilite l’apprentissage.
Le professeur Jan Svartvik écrivait dans son livre « dans plusieurs lycées suédois, on voit apparaître un enseignement bilingue, c’est-à-dire, un enseignement qui s’accomplit en anglais, non seulement pendant les cours d’anglais mais également dans d’autres cours comme la physique, les mathématiques et l’histoire. L’idée est sans aucun doute bonne : faire utiliser l’anglais aux élèves comme un outil fonctionnel pour devenir bilingue « pour de vrai ». Cependant, un enseignement général dispensé en anglais à des élèves qui ont le suédois pour langue maternelle peut avoir des effets négatifs…
Faire usage de l’anglais comme langue de classe pendant les cours de physique par exemple peut souvent conduire à un emploi de la langue moins nuancé et donc à une approche plus superficielle du sujet étudié. Les étudiants de langue anglaise qui participent à des cours dispensés en anglais par des professeurs de langue suédoise se plaignent souvent de la pauvreté du langage utilisé qui baisse le niveau d’enseignement et qui rend les cours vides d’intérêts…
… Une condition pour que l’anglais soit utilisé dans l’enseignement est que les professeurs aient eux-mêmes un bon niveau d’anglais. Une étude menée dans un lycée suédois a montré que les professeurs n’avaient pas de connaissances linguistiques suffisantes et que ceux-ci ne donnaient pas d’exemples clairs sur les avantages à utiliser l’anglais dans l’enseignement…
La vie des affaires est en parallèle avec la situation des enseignants dans les lycées. Il est parfois préférable que les conseils d’administration de sociétés internationales suédoises se dotent d’hommes d’affaires étrangers ayant une longue expérience internationale. Ceci implique que les conversations au sein du conseil d’administration soient conduites en anglais. Le problème est alors le suivant : les administrateurs suédois doivent parler anglais et non suédois, les administrateurs étrangers dont l’anglais n’est pas la langue natale doivent aussi parler anglais bien qu’ils aient naturellement préféré parler leur propre langue – l’italien, le japonais, l’allemand etc. Il en résulte que personne ne se sent vraiment « chez soi ». Un industriel suédois explique « nous pensons bien parler l’anglais en Suède. Pourtant, l’intensité de la discussion n’est pas la même quand on parle anglais à une réunion du conseil d’administration »…
Le Suédois moyen s’en remet à l’anglais dans toutes les occasions. Cette attitude n’est malheureusement pas réaliste. L’anglais ne fonctionne pas toujours dans de nombreuses parties du monde. L’obsession de l’anglais comme langue de contact vient aussi du fait que les sphères culturelles des pays occidentaux connaissant une influence anglo-américaine sont largement dominantes dans les pays récepteurs. Cependant en France, beaucoup d’hommes politiques mettent en garde contre une évolution vers un monde à langue unique où l’anglais prendrait le dessus sur la créativité culturelle et où la multiplicité disparaîtrait… De nombreux experts en linguistique sont inquiets de la disparition éventuelle du suédois ».
malou
Meilleure réponse - Choisie par les votants
1-L’accent tonique est toujours sur l’avant dernière syllabe ;
2-Une lettre= un son (pas de faute d’orthograhe ni de prononciation) ;
3 Un seul article défini= la, absence d’article indéfini ;
4- Tous les noms se terminent en -o, pluriel -oj (prononce comme dans boy), tous les adjectifs en a ,pluriel -aj et les adverbes dérivés en -e ;
5-les pronoms personnels indiquent la personne : mi, vi, li=il ; shi=she (en) ; ni, vi, ili=ils ;
6- Les terminaisons ou désinences des verbes tous réguliers sont : indicatif présent -as, passé -is ; futur -os ; infinitif -i ; impératif ou volitif -u (prononce -ou) ; conditionnel -us ; ekzemplo : mi amas= j’aime...
7- Surtout les affixes (préfixes et suffixes)sont totalement réguliers :par ex,mal= contraire,lerta= adroit ou alerte ; mallerta= maladroit, donc le nombre des adjectifs à mémoriser est réduit de moitié ; le suffixe -in commun aux grandes langues européennes latin : regina, fr : reINe, de königin ; russe tsarine ; en : queen (pr kuin) signifie les êtres de sexe féminin, ex. kuzo, kuzino cousin(-e) ;
ist= spécialiste, profession florist(in)o = fleuriste m(f) ; -et = petit ; eg= grand (étym. grec mega), varma= chaud ; malvarma= froid ; varmeta= tiède, malvarmeta= frais ; varmega= brulant, malvarmega= glacial.L’esperanto s’étudie comme un jeu de construction et permet de diminuer considérablement le coût en temps d’apprentissage du vocabulaire.
Déjà l’esperanto avec 50000 articles est la quinzième langue sur 235 pour le nombre d’articles parus dans l’encyclopédie Wikipedia. Il est parlé depuis plus d’un siècle par plus d’un million de personnes dans plus de cent pays ; il permet d’avoir le cas échéant des contacts dans chaque pays où l’on va. Les Européens ont besoin d’une langue auxiliaire neutre qui les mette en situation d’équité les uns vis à vis des autres et c’est aussi une langue internationale qui est beaucoup plus facile à apprendre pour les Asiatiques, Africains.Une langue internationale facile à apprendre et neutre est nécessaire au XXIème siècle. Il peut s’apprendre gratuitement sur Internet et devrait être admis expérimentalement comme langue propédeutique dans le primaire car il permet de lever les blocages linguistiques et comme option de langue facultative au bac dans les prochaines années. Dans certains pays comme la Hongrie c’est déjà fait.
"Ma conclusion est que le problème d’une langue de communication internationale se ramène à un conflit entre une langue issue d’un travail conscient de composition, l’espéranto, qui donne manifestement toute satisfaction à ses usagers, et une langue nationale à visées hégémoniques, laquelle, nul n’en doute, ne peut être de nos jours que l’anglais."
André Martinet (1989)
<< Refuser d’apprendre l’anglais de nos jours est, pour moi, un peu comme suggérer de ne pas apprendre les mathématiques ! >>
A notre époque, cela vaut la peine d’apprendre l’anglais, si on a le temps et l’argent nécessaire à cet effet. Mais il me paraît aberrant de considérer que notre époque est la totalité de la tranche de temps qui nous intéresse. Ceux qui préconisent un effort énorme pour maîtriser l’anglais sont-ils prêts à investir la même énergie, d’ici vingt ans, pour tenter de maîtriser le chinois ? Ce sera peut-être la langue mondiale, vu la rapidité de la progression de la Chine et la situation dangereuse où les Etats-Unis se sont fourrés avec leur endettement public, leur déficit de la balance commerciale, leur taux de misère, leur faible production et les immenses ponctions que fait dans leurs caisses leur politique irakienne. Sans compter que pour le moment, ils s’effondreraient si la Chine ne finançaient pas leur déficit en achetant les bons du Trésor par lequel ils le financent.
J’ai appris le chinois. J’ai même été traducteur de chinois. C’est une langue intéressante, passionnante, donnant accès à une culture formidable. Mais si vous voulez conquérir cette langue et être capable de discuter par écrit avec vos partenaires, vous devrez faire un investissement en temps et en énergie dont vous n’avez nulle idée.
Croyez-moi. Votre intérêt, et celui de vos enfants, est de persuader vos autorités respectives, dans tous les pays, de recommander aux citoyens l’étude de l’espéranto. C’est la langue qui a le meilleur rapport rendement / investissement (en temps, en argent, en effort). Et elle est très populaire en Chine (Radio Pékin émet plusieurs fois par jour en espéranto).
Lettre de réponse de Claude Piron
On parle de plus en plus du globish, généralement en termes positifs. Il est vrai que cette façon décomplexée de pratiquer un anglais rudimentaire peut rendre bien des services. Depuis une intéressante conversation téléphonique que j’ai eue avec M. Nerrière, début août 2004, je m’y suis essayé. Mais, comme on ne connaît la valeur d’une chose que si on la rapporte à une référence, je l’ai comparé à l’espéranto. Ma conclusion est la suivante : le globish est certes utilisable, mais c’est un pis-aller qui est loin de donner vraiment satisfaction.
Il serait acceptable faute de mieux. Mais, précisément, il y a mieux : l’espéranto, qui avec un effort nettement moindre assure un niveau de communication bien plus satisfaisant. Le mouvement qui mène au globish est un mouvement descendant : il va d’une langue riche à une langue pauvre parce qu’il y a eu échec, parce que la langue riche s’est révélée impossible à maîtriser. L’espéranto suit, lui, un mouvement ascendant, à deux titres :
1) l’élève voit son vocabulaire se développer sans gros efforts grâce à un système multiplicateur très simple, mais à grand rendement, 2) son usage de plus en plus répandu parmi les peuples les plus divers ne cesse de l’enrichir en le rendant plus expressif, plus performant, sans rien lui faire perdre de sa simplicité initiale.
Si on l’observe dans les situations réelles, on voit qu’il remplit sa fonction de truchement bien mieux que le globish ou que les autres formes de "broken English". En outre, à la différence du globish, c’est une langue à part entière, dans laquelle on peut lire la Charte des Nations Unies, Hamlet, la Monadologie de Leibniz, Meurtre dans l’Orient-Express d’Agatha Christie, une abondante production poétique et des dizaines de milliers d’autres oeuvres dont Tintin, Astérix et même, depuis peu, Gaston la Gaffe.
Le globish n’est pas une langue. Il est impossible de tout exprimer avec ses 1500 mots. Par exemple, les mots nécessaires pour dire "Garçon, une salade de tomates !" ne figurent pas dans la liste. "Expliquez-vous par gestes", dit M. Nerrière. Comment allez-vous mimer "salade" et "tomate" de manière à éviter toute confusion ? De même, si l’on peut dire "je t’aime" (mais pas "tu m’aimes", me ne fait pas partie des 1500 élus), on ne peut pas dire "Ah ! ce parfum de rose que dégage ta peau ! Il me fait trembler comme un palmier sous le sirocco."
Bref, en globish on se débrouille, en espéranto on s’exprime. Or, maîtriser l’espéranto demande beaucoup, beaucoup moins de temps et d’effort.
Il se compose en effet d’éléments que l’on combine sans aucune limitation. Dès qu’on a appris une racine, on peut l’utiliser sous forme verbale, substantive, adjective ou adverbiale, et les affixes qui permettent de la moduler décuplent le lexique. Le globish, lui, ne comporte aucun système de dérivation. Sa liste comprend, par exemple, decide, mais pas decision, beautiful mais pas beauty, administer mais ni administrative ni administration, aggression mais ni aggress ni aggressive. En espéranto, dès qu’on a appris decidi ’décider’, on forme soi-même decido ’décision’, decida ’décisif’, decide ’de façon décisive’ et, avec le suffixe ema, par exemple, decidema ’qui n’a aucune peine à prendre une décision’, ’résolu’. Un tout petit peu de pratique et ces formations se font par réflexe.
Pour rendre les notions qu’expriment les 1500 mots du globish, il suffit de 1300 mots d’espéranto, plus une quarantaine de suffixes et préfixes, donc 1340 unités à mémoriser, qui permettent de former sans difficulté quelque 13.000 mots (or, on estime à 8000 le nombre de mots nécessaires à la vie quotidienne). La régularité de l’espéranto représente une énorme économie par rapport au globish. Considérez les couples suivants create/creation = krei/kreo ; ask/question = demandi/demando ; live/life = vivi/vivo ; remember/memory = memori/memoro ; think/thought = pensi/penso. En globish il faut mémoriser chaque fois deux mots, en espéranto une racine et le sens des terminaisons -i et -o. Et il suffit d’apprendre la terminaison -a pour ajouter à son vocabulaire, sans effort, toutes sortes de mots qu’ignore le globish : demanda "interrogatif", memora "mnésique", pensa "relatif à la pensée" ("pensif" se dit pensema). Pas étonnant, dès lors, qu’on ait plus d’aisance en espéranto au bout de six mois qu’en anglais au bout de six ans, qu’en globish au bout de. . . ? Qui pourrait le dire ? Sans doute au minimum quatre ou cinq ans d’anglais puis quelques semaines d’entraînement à l’art de surmonter ses complexes et à la mémorisation de tous les mots anglais qu’il faut oublier pour rester dans les limites prévues.
La comparaison est d’autant plus défavorable au globish qu’il reprend les aberrations de la langue de Shakespeare, dont l’incroyable décalage entre orthographe et prononciation : ou exprime quatre sons différents dans touch, through, though et thought ! En espéranto, le son /ou/ s’écrit toujours u et la lettre u se prononce toujours /ou/. En espéranto, l’accent tonique ne pose aucun problème : il est toujours sur l’avant-dernière syllabe. En globish, il faut l’apprendre avec chaque mot.
On peut accepter le globish comme solution provisoire, fondée sur le constat déprimant que l’anglais ne répond pas aux attentes qu’il suscite. Mais il faut être masochiste pour choisir une solution dépressive quand il existe une solution enthousiasmante. À terme le monde a besoin d’une langue qui réponde aux exigences de la formulation scientifique, juridique et littéraire et qui mette les partenaires sur un pied d’égalité. L’espéranto répond parfaitement à ces critères. De plus, et ce n’est pas moins important, il se prête admirablement à l’humour. La liberté de combiner les éléments débouche souvent sur des mots particulièrement expressifs, comme kisema ’goulu sur le plan du baiser’ (de kis-, ’embrasser’) ou poshtelefonema ’qui est tout le temps en train d’utiliser son téléphone portable’. Très présent sur Internet, il compte des locuteurs dans de nombreuses localités de plus de cent pays, ce qui assure partout des contacts sans problème de communication, et la diffusion de la langue se poursuit, tranquillement, lentement, ignorée des médias, mais très réelle pour quiconque suit les choses de près. L’espéranto a aussi pour lui la rationalité économique. Mandaté par un organisme relevant de l’Éducation nationale, l’économiste François Grin a conclu de ses recherches que si l’Europe adoptait l’espéranto, cela représenterait une économie de 25 milliards d’euros par an (http://cisad.adc.education.fr/hcee/documents/rapport_Grin.pdf, p. 7).
Il n’y a pas à dire, le globish ne fait pas le poids.
Il serait dans l’intérêt de tous, et notamment des contribuables et des cadres de PME, que les gouvernements, les élites et les médias procèdent enfin à une réflexion sérieuse sur les moyens opposés à la barrière des langues. Et que, après une étude comparative objective, ils recommandent l’option la plus avantageuse pour tous. Si l’espéranto était enseigné à l’école primaire - un cours de six mois suffirait le plus souvent -, les élèves auraient toutes les études secondaires pour apprendre une ou plusieurs autres langues : anglais, espagnol, arabe, hébreu, russe, allemand, chinois.., non plus dans le but illusoire de résoudre les problèmes de communication mondiale, mais pour leur enrichissement culturel ou la redécouverte de leurs racines. L’éradication de la variole a montré que quand il y avait volonté politique, les États savaient coordonner leurs activités pour obtenir rapidement le résultat recherché. Ce serait parfaitement possible dans le domaine de la communication linguistique. Mais il faudrait qu’ils commencent par se laisser guider par l’esprit démocratique, c’est-à-dire qu’ils accordent au bien de tous la place qu’il mérite et qu’ils se fondent, non sur des préjugés, des on-dit ou des modes, mais sur une informationobjective.
Claude Piron, auteur de l’ouvrage Le défi des langues (L’Harmattan, 2e éd. 2001) (Voir également : "Communication linguistique - Étude comparative faite sur le terrain").
L’impérialisme linguistique est la domination culturelle au moyen de la langue. Ce phénomène est une partie du phénomène plus général d’impérialisme culturel qui englobe l’imposition des modes de vie, de l’éducation, de la musique, etc. d’un groupe social sur un autre. Il doit être distingué de la domination linguistique, la différence étant d’ordre idéologique : l’impérialisme linguistique est une volonté, la domination d’une langue est un état de fait, souvent la conséquence du précédent, mais pas systématiquement.
Du fait de sa connotation idéologique, l’expression « impérialisme linguistique » est souvent considérée comme péjorative. La définir est délicat, car interfèrent souvent des considérations politiques, notamment en rapport avec la puissance politique, économique et militaire des nations dominantes. Bien qu’elle puisse théoriquement concerner n’importe quelle langue, elle s’applique le plus généralement de nos jours au cas de l’anglais.
L’impérialisme linguistique peut être le fait d’une puissance coloniale qui marginalise les langues locales, qui risquent alors de tomber en désuétude, voire de s’éteindre. Cela peut consister à véhiculer certaines idées au moyen de la langue elle-même, par l’imposition de termes prescrits (comme « camarade » en Union soviétique) ou par des modes particuliers. Ainsi en coréen, il est impossible de s’adresser à un interlocuteur sans faire référence, par les formes verbales, à sa place dans la hiérarchie sociale, selon qu’il vous est ou non supérieur.
L’impérialisme linguistique et la langue anglo-américaine Le débat Depuis le début des années 1990, l’expression a fait florès, particulièrement dans le domaine de la linguistique appliquée à l’anglais. L’ouvrage Linguistic Imperialism, écrit par Robert Phillipson, professeur d’anglais à l’Université de Roskilde au Danemark, a contribué à populariser le terme. Phillipson définit l’impérialisme linguistique anglophone comme « la domination affirmée et maintenue par l’ordre établi, et la reconstitution continue d’inégalités structurelles et culturelles entre l’anglais et les autres langues ».
Sa théorie de l’impérialisme linguistique s’inscrit dans le cadre de la théorie de l’impérialisme de Johan Galtung et de la notion d’hégémonie culturelle d’Antonio Gramsci. Philippson critique la diffusion historique de l’anglais comme langue internationale et la manière dont elle continue à maintenir sa domination actuelle, en particulier dans un contexte post-colonial comme en Inde, au Pakistan, en Ouganda, au Zimbabwe, etc., mais également de plus en plus dans un contexte qu’il qualifie de « néo-colonial » en parlant de l’Europe continentale.
Le constat de Phillipson est que dans un pays dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, cette langue devient souvent la langue des « élites ». Ceux qui peuvent le parler peuvent accéder à des postes à responsabilité dans les lieux de pouvoir et d’influence, comme aux Nations unies, à la Banque Mondiale, à la Banque Centrale Européenne, etc. Les anglophones de naissance, une fois en poste, parviennent donc à prendre des décisions qui concernent ceux qui ne le sont pas, situation en contradiction apparente avec les prétentions démocratiques de ces mêmes personnes.
Claude Piron, ancien traducteur à l’Organisation des Nations unies et l’Organisation Mondiale de la Santé et psycholinguiste suisse, renforce ce constat en démontrant dans "Le défi des langues" qu’une véritable maîtrise de l’anglais nécessite 10 000 heures d’apprentissage, soit l’équivalent de six années de travail. Ainsi l’utilisation de l’anglais pour des raisons pratiques comme seule langue officielle des instances de l’Union Européenne, ce qui est déjà le cas de la B.C.E. ainsi que pour beaucoup de documents préparatoires aux décisions de la Commission, transformerait la grande majorité des habitants non anglophones de l’Union Européenne en citoyens de seconde zone et renforcerait l’opacité du pouvoir d’une classe dirigeante anglophone européenne et plus largement transnationale.
Inversement, des linguistes anglophones contestent l’idée que l’hégémonie linguistique de l’anglais serait le résultat d’une conspiration. Dans son ouvrage English as a global language ("L’anglais comme langue mondiale", Presses de l’université de Cambridge, non disponible en français), David Crystal, linguiste anglais, considère que l’anglais devrait être la langue de communication internationale, tout en gardant une sorte de multilinguisme. Les anglophones de naissance favorables au maintien de l’hégémonie actuelle de l’anglais se justifient en associant la notion d’impérialisme linguistique à une attitude de gauchiste qui chercherait à contester la diffusion historique de l’anglais. Les partisans modérés de la généralisation de l’anglais sont donc généralement des libéraux qui réfutent l’idée d’un impérialisme linguistique anglophone. David Crystal et Henry Widdowson ont été assimilés à cette catégorie.
Une frange de partisans plus extrémiste de l’impérialisme linguistique anglophone milite pour une langue et une culture unique, ne retenant que la vision anglo-saxonne du monde, en droite ligne de la croyance religieuse que les Anglo-Saxons seraient le peuple choisi par Dieu pour coloniser l’Amérique du Nord et mener le monde vers la liberté. Dans ce contexte, la volonté d’imposer une langue unique au reste du monde est donc l’expression d’un choix divin.
Les conséquences
De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la marche forcée vers le « tout anglais », car ce développement marginalise le statut des autres langues nationales et régionales. Ce point de vue est particulièrement répandu dans l’Union européenne, où le multilinguisme officiel, censé être encouragé, n’empêche pas 69% des Européens de juger que la langue anglaise est « la plus utile ».
La domination de l’anglais dans pratiquement tous les domaines de la vie internationale (politique, scientifique, commercial, financier, aéronautique et même militaire) relègue le multilinguisme parfait au rang des utopies : en matière de langues, la concurrence n’est pas "libre et non faussée". De plus, et cela ne date pas d’hier, la plupart des individus qui apprennent des langues étrangères le font plus par nécessité, sinon réelle, du moins ressentie, que pour le plaisir de la connaissance. Cela entraîne parfois des comportements irrationnels, comme en Corée, où des médecins gagnent 300 $ pour couper la petite peau qu’il y a sous la langue, soi-disant parce si les Coréens n’arrivaient pas à bien prononcer l’anglais, c’était à cause d’elle. On trouve un autre exemple de « nécessité ressentie » au Japon, où beaucoup de parents paient 50 $ américains par heure d’enseignement pour donner des leçons privées à des enfants de 5 ans.
Pourtant, ceux qui se plaisent à critiquer l’impérialisme linguistique s’arrêtent généralement à formuler des vœux pieux, tels qu’encourager encore davantage l’apprentissage des langues étrangères, même si, bien souvent, eux-mêmes n’en parlent qu’une seule. Alastair Pennycook, Suresh Canagarajah, Adrian Holliday et Julian Edge font partie de ce groupe et sont souvent considérés dans les pays anglo-saxons comme des « linguistes critiques ».
Les faces inversées du phénomène
Certains considèrent que l’anglais, ayant pour origine une combinaison de langues latines (notamment le latin et l’ancien français) et nordiques (langues germaniques cousines de l’allemand, puis vieux norrois), est la « langue naturelle du rapprochement européen » ; plus sérieusement, c’est la puissance économique du monde anglophone, et par voie de conséquence le nombre de personnes qui le pratiquent, qui fait de l’anglais le meilleur candidat à ce statut.
Si l’on dépasse la vision purement européenne de l’impérialisme linguistique, la même problématique se pose sur d’autres continents, comme en Amérique latine ou en Afrique, où les langues des anciennes puissances coloniales (anglais, français, espagnol et portugais) jouent encore un rôle prépondérant, ce qui amènent certains à parler d’"impérialisme linguistique européen".
Points de vue
« L’anglais doit devenir la langue dominante… La langue maternelle sera étudiée chronologiquement la première mais ensuite l’anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions, deviendra la langue primordiale. » — Anglo-American Conference. Report 1961 (voir [1]). « Il y va de l’intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le Monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais et que, s’il s’oriente vers des normes communes en matière de communication, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines et que, si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains ; et que, si s’élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles les américains se reconnaissent.  » — David Rothkopf, directeur général du cabinet de consultants Kissinger Associates, dans son livre Praise of Cultural Imperialism (Éloge de l’Impérialisme culturel), 1997. (Extrait du livre en anglais) « Au XXI siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon" — Margaret Thatcher « L’important (...) n’est pas avant tout de savoir si l’anglais a, en certaines occasions, fonctionné comme une ouverture sur le progrès social et économique, mais qu’il a au moins autant représenté une attente, un espoir qu’une telle chose arrive. À l’intérieur de ce schéma de compréhension se sont développés différents mythes ; des mythes qui assimilent le futur de l’humanité, le développement, la modernisation, l’occidentalisation, la mondialisation - et l’usage de l’anglais. ». Extrait de Anglais ou norvégien ?.
Pour contrer l’impérialisme linguistique
Diverses voies ont été suivies pour contrer l’impérialisme linguistique, notamment le développement de l’intercompréhension, ou bien l’usage d’une langue construite, pour les motifs développés ci-dessous.
Entre les adeptes de l’uniformisation linguistique et culturelle perçue soit comme une conséquence inévitable de la mondialisation, soit comme un progrès, et ceux qui prônent le multilinguisme et la diversité culturelle mais oublient les aspects pratiques qui font qu’un Français connaissant l’espagnol ne pourra pas communiquer avec un Suédois connaissant l’allemand, les points de vue semblent impossibles à réconcilier. Pourtant, une idée pourrait peut-être y contribuer.
Il s’agirait de recourir à une langue commune choisie par les peuples et qui ne serait pas chargée de quelques intérêts que ce soit. Une politique linguistique qui irait dans le sens de cette idée consisterait à généraliser l’enseignement d’une langue véhiculaire construite dans le but de la communication internationale (toutes les langues construites n’ont pas cet objectif). De nombreux projets de telles langues ont vu le jour, visant tous à faciliter les relations entre personnes de langues maternelles différentes. La plus répandue actuellement est l’espéranto : depuis son apparition le 26 juillet 1887, l’idéal de protection linguistique, ethnique et sociale qui la fait vivre a permis à cette langue internationale de se diffuser dans le monde entier, et d’entraîner un rapprochement volontaire des peuples, en dehors de toute contrainte quelconque.