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Le problème linguistique de l’Union Européenne par G. KERSAUDY

jeudi 21 septembre 2006, par Bernard Cornevin

Le problème linguistique de l’Union Européenne Manque d’information et refus du progrès par Georges KERSAUDY

paru initialement sur le site de SAT Amikaro (larges extraits)


L’Union Européenne, avec ses 25 membres depuis 2004 et ses 21 langues officielles, essaie désespérément de préserver la diversité linguistique et de promouvoir le multilinguisme dans l’égal respect des langues de l’Union. Pour qui connaît bien la question, et compte tenu des recommandations en la matière formulées à l’issue d’études approfondies menées par des spécialistes, la solution du bon sens consiste à recourir à l’Esperanto pour sauvegarder la position de toutes les langues nationales, faute de quoi on assistera au succès définitif de la tendance actuelle, c’est-à-dire de la suprématie d’une nouvelle variété de langue anglaise, le "conglish" ou continental english, le pidgin des Européens continentaux, ou créole des sous-anglophones du continent européen.

Chaque fois que la question est évoquée dans les instances de l’Union Européenne, on constate que les décideurs souffrent d’un total manque d’information sur la question de la langue internationale.

Le 11 juin 2003, la délégation française au Parlement européen a longuement examiné un rapport d’information détaillé sur cette question cruciale pour la survie des langues nationales de l’Europe. C’est avec le plus grand sérieux qu’elle a abouti en fin de compte à cette déclaration péremptoire : " Toutefois les autorités françaises considèrent que l’Esperanto n’est pas porteur d’une culture et ne peut même pas constituer une option au baccalauréat." Et elle ajoute dans la foulée : " Le combat contre l’anglais semble perdu d’avance. "

Il ne s’est trouvé personne dans l’assistance pour expliquer qu’en réalité l’Esperanto est porteur de toutes les cultures du monde, tout comme le latin était encore, il y a quatre siècles, porteur de toute la culture de l’Europe. En réalité, les Européens qui peuvent lire des textes en Esperanto ont un accès privilégié aux littératures et aux cultures de tous les peuples du monde, contrairement à ceux qui ne disposent que d’une ou plusieurs langues nationales. Ils disposent en outre d’un outil incomparable pour l’étude efficace des langues nationales dites "étrangères". Comment faire comprendre cette évidence aux instances responsables de l’Union Européenne ? C’est là le noeud de la question.

Avant 2004 [...] la Vice-Présidente du Parlement européen, après avoir publiquement reconnu en l’Esperanto un "magnifique moyen de communication", a réglé définitivement la question par la déclaration suivante "Mais je ne vois pas comment un moyen de communication très simple pourrait rendre compte des subtilités de la pensée." Et voilà ! La cause est entendue ! Elle ne voit pas ! Une fois de plus l’ignorance a superbement triomphé. La Vice-présidente ne sait pas que ce moyen de communication très simple permet d’exprimer infiniment plus de nuances et de subtilités que n’importe laquelle des langues nationales. Et si on le lui dit, elle ne le croira pas

Lorsqu’on discute habituellement de questions techniques, on demande l’avis des spécialistes avant de se faire une idée sur la question. Quand il s’agit de linguistique, on estime que ce n’est pas nécessaire, on croit tout savoir sur le sujet.

Faute de disposer d’informations sérieuses sur la question, nos représentants à l’Union Européenne sont finalement amenés à proposer le maintien de la situation actuelle, en sachant bien qu’elle nous conduit irrémédiablement à la domination du "conglish" et à la décadence inévitable de toutes nos langues nationales, y compris l’anglais correct, déjà victime de l’usage qui en est fait couramment en Europe continentale et dans les quatre autres continents. Si l’on en croit les instances officielles, il faut nous résigner à cette situation pitoyable et à cette évolution catastrophique vers le crépuscule et l’anéantissement des langues et des cultures de l’Europe.

Seul un ultime sursaut des citoyens européens peut permettre d’éviter le pire. Pour cela, il faut éclairer le grand public, qui n’a jamais disposé d’une information sérieuse sur la situation linguistique de l’Europe et sur les possibilités qu’offre le recours à la langue internationale.

Il est absolument indispensable que, dans chaque États-membre de l’Union Européenne, les pouvoirs publics comprennent la nécessité et l’utilité de l’introduction de l’Esperanto dans les programmes des établissements d’enseignement à tous les échelons. Il importe avant tout de leur faire comprendre que l’Esperanto n’est pas seulement un moyen de communication extrêmement perfectionné, mais encore un outil remarquablement efficace pour l’étude des langues européennes dites "étrangères". C’est aussi la seule planche de salut pour toutes les langues et toutes les cultures de l’Europe.

Il faut vaincre dans ce domaine, comme ce fut le cas dans beaucoup d’autres au cours de l’histoire, les préjugés d’un autre âge et les idées reçues enracinés dans les esprits rétrogrades. Toutes les innovations du XXème siècle ont été combattues à l’origine par les "bons esprits" formés au cours du siècle précédent : il y a un peu plus de cent ans, on pouvait entendre et lire dans toute l’Europe des déclarations de ce genre

"Le moteur ne pourra jamais concurrencer la traction hippomobile."

"Dans la vie quotidienne, l’utilisation de l’éclairage électrique sera jamais aussi pratique et aussi simple que celle de la lampe à pétrole."

"Le "plus lourd que l’air" ne volera jamais, c’est contraire aux lois de la pesanteur."

"La télégraphie sans fil n’est qu’un rêve issu de l’imagination de chercheurs qui ont perdu le sens de la réalité".

Que peut-on faire aujourd’hui pour informer les instances officielles et le grand public sur les réalités et les possibilités du XXIème siècle ?

[...]

Aux élection européennes du 13 juin 2004, les Européens ont parfois voté pour une liste en faveur de l’Esperanto, de son enseignement dans les établissements d’enseignement de toute l’Europe, et de son utilisation dans les instances européennes. Il faut voir là une chance de sauvegarder le multilinguisme et les langues nationales de l’Europe.

Dans l’Europe élargie d’après 2004, l’heure de l’Esperanto, cet outil formidable et méconnu, va enfin sonner.[...]

Post-scriptum : Georges Kersaudy a été amené, au cours de sa longue carrière de fonctionnaire international, à parler, écrire, traduire et interpréter dans pas moins de 51 langues, dont l’espéranto, qui a été l’une de ses premières langues apprises dans sa jeunesse. Il en parle en connaissance de cause, puisqu’il a pu en constater l’intérêt lors d’innombrables séjours dans de nombreux pays. Il est l’auteur d’un ouvrage dans lequel il décrit 39 langues d’Europe, dont l’espéranto : Langues sans frontières, publié aux éditions Autrement, collection "Frontières" (Paris, 2001)

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7 Messages de forum

  • Pour la démocratie

    Zamenhof est peut-être le premier à avoir compris que l’emploi d’une telle langue commune internationale impliquait la démocratisation de la culture et de la communication. Dès 1900, son article « Essence et avenir de l’idée de la langue internationale » dégage nettement le rapport entre l’espéranto et la démocratie. « Toute langue vivante et, à plus forte raison, morte, est tellement hérissée de difficultés qu’une étude tant soit peu approfondie n’est possible qu’à ceux qui possèdent beaucoup de temps et de gros moyens financiers. » Si une telle langue était adoptée dans les échanges entre les nations, « nous n’aurions donc pas de langue internationale au vrai sens du mot, mais seulement une langue internationale pour les plus hautes classes de la société... (L’avenir lui a donné raison, puisque l’anglais tient présentement ce rôle.)

    Tandis que dans le cas d’une langue planifiée de synthèse, tout le monde à la fois pourrait la posséder très bien au bout de quelques mois, toutes les classes de la société humaine, non pas seulement les intellectuels et les riches, mais même les plus pauvres et les plus ignorants des campagnards ». Alors que seules les « classes choisies » peuvent s’approprier les langues naturelles, la langue internationale construite appartient aux masses par essence.

    Cette déclaration contient donc une critique clairvoyante de la culture d’élite fondée sur la richesse, et souligne justement que, par leur nature même, les langues naturelles en interdisent l’accès au plus grand nombre. Seule une langue accessible aux pauvres et aux ignorants peut servir à la démocratisation du savoir et de la communication. Le but d’une langue internationale construite est donc de permettre aux masses de communiquer entre elles sans passer par les élites : en somme, de leur donner le moyen de s’affranchir, au moins sur le plan du langage, de leur dépendance vis-à-vis des privilégiés.

    Pour que cette langue soit d’une acquisition et d’un maniement plus faciles que les langues naturelles tout en garantissant autant sinon plus d’expressivité, Zamenhof favorise une construction parfaitement logique et régulière selon le vœu des philosophes linguistes et recherche, dans la prononciation et le lexique, l’internationalité maximale tout en évitant la tentation de l’imitation des langues naturelles, qui ramène à l’irrégularité et à l’arbitraire. Il ménagea cependant à l’espéranto la possibilité d’une élaboration collective en accord avec son tempérament démocratique.

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    • L’idéal de Zamenhof

      Ce but élevé, c’est la réconciliation entre les hommes. Cette idée constante qui traverse l’œuvre de Zamenhof part d’une vision égalitaire de l’humanité. « Depuis la plus haute Antiquité, dit-il dans son discours au Congrès de Boulogne-sur-Mer, la « famille humaine » s’est divisée et ses membres ont cessé de se comprendre. Des frères créés selon un unique modèle, des frères ayant chacun le même corps, le même esprit, les mêmes facultés, les mêmes idéaux, les mêmes concepts, la même divinité au fond du cœur - ces frères sont devenus étrangers les uns aux autres et ils s’opposent en groupes rivaux. Prophètes et poètes ont rêvé du temps ou se reconstituerait l’unité ; mais ce n’était qu’un rêve auquel personne ne croyait. Or, grâce à la langue internationale, pour la première fois dans l’Histoire, ce rêve commence à se réaliser. Des hommes de divers pays se comprennent et se parlent en frères. Ce ne sont plus des Français qui parlent à des Anglais ni des Russes à des Polonais, mais des hommes qui parlent à des hommes. »

      Or cette fraternisation ne peut être ressentie profondément dans les cœurs que si elle élimine effectivement certaines inégalités entre les peuples et entre les classes. L’usage d’une langue construite et facile dans les relations internationales a l’avantage de ne pas froisser les nationalismes, de ne pas humilier certains peuples devant d’autres et de reconnaître l’égalité de toutes les langues naturelles.

      Dans une assemblée d’espérantistes, dit Zamenhof, « Il n’existe pas de nations fortes ni de nations faibles, des privilégiés et des non-privilégiés ; personne n’est humilié, personne ne se sent gêné ; nous nous tenons tous sur un fondement neutre, nous sommes tous pleinement égaux en droits ; nous nous sentons membres d’une seule nation, membres d’une seule famille ».

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  • Multilingualism in the EU institutions : Tuesday 24 October 2006, by claude piron In democracies, no decision is taken before the subject has been researched and objectively studied. So is it in science, and in law. No accused is convicted without the case being objectively examined. Why not do so in the field of language communication ? Maybe choosing Esperanto is absurd, but how can you know it before checking how it works ? Comparing in practice, in the field, the various methods men apply to understand one another over the language barriers is necessary, under the penalty of appearing subjective, prejudiced and thus undemocratic. Establishing facts is more important than discussing in the abstract. I’ve researched the problem in such a manner. My report has been published in French in the journal _Language Problems and Language Planning_ . An English version ("Linguistic Communication – A Comparative Field Study") can be read on the Internet. My conclusion is the following.

    For all criteria adopted – savings, rapidity of acquisition, precision, spontaneity, richness of vocabulary, equality, cost-effectiveness, etc. – Esperanto emerges as the best system. Moreover, Esperanto has been proved to be an excellent preparation to the acquisition of other languages and the discovery of foreign cultures. So why not try to see the facts before suggesting a solution which terribly lacks in realism ? Mastering one foreign language (apart from Esperanto) is extremely difficult for the average citizen, mastering two is far above most people’s capabilities.

    Isn’t it amazing that being objective and non-masochistic seems to be so difficult in a society which claims to be civilized, scientific, and respectful of the citizens’ welfare ?

    Multilingualism and/or Esperanto

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    • Le dimanche 24 décembre 2006

      Vous voulez savoir c’est quand la fois où j’ai eu l’air le plus ridicule en reportage à l’étranger ? C’est quand j’ai cru qu’on peut se débrouiller partout en Europe en parlant anglais.

      En partant en reportage en Italie et en Espagne au début de l’été dernier, je n’ai même pas songé une seconde à la nécessité d’embaucher des interprètes. « Voyons donc, tout le monde parle anglais en Europe ! Et après tout, n’ai-je pas étudié l’espagnol et l’italien ? Je vais m’arranger. Tout va bien aller. »

      Me semble.

      La réalité, c’est qu’il y a plein de gens sur Terre qui ne parlent pas un traître mot d’anglais. Je l’ai vu au Japon, en Russie, en Albanie, au Brésil. Et en Espagne et en Italie, cette année, en 2006. Même les attachés de presse n’y parlent ni la langue de José Bové ni celle d’Alice Waters.

      Qu’à cela ne tienne, me suis-je dit promptement en réalisant la présence de l’obstacle, je vais me débrouiller.

      Mais avez-vous déjà essayé de jongler avec l’italien et l’espagnol en même temps ?

      Euh... Puedo parlare. Non (toujours un peu de français mêlé à tout ça). Posso parlare con el, no il, signore X. Sono una giornalista, si una periodista.. . Grazie, perdone, muchas gracias...

      J’ai mal à la tête juste de vous l’écrire et je suis certaine que j’ai fait plein de fautes d’orthographe et de grammaire.

      Pourquoi je vous raconte tout ça ? Pour exorciser l’embarras, j’imagine. Mais aussi pour rappeler à tout le monde que ce n’est pas vrai que l’anglais est devenu la lingua franca des temps modernes. Peut-être dans le monde des affaires. Mais dès qu’on en sort, oubliez ça. Et pas besoin d’aller en Afghanistan ou en Corée du Nord pour tomber sur des gens qui ne parlent pas un mot de la langue de Paris Hilton.

      En Espagne et en Italie, pour bien travailler, il faut parler la langue du pays. Ou alors embaucher un interprète, avec les limites que cela impose.

      À Naples, par exemple, pas un seul membre de Slow Food Campanie ne parlait anglais ou français. Les producteurs ? Les marchands ? Les chefs ? Oubliez ça. En Espagne, même topo. À Madrid, je n’ai pas prononcé un seul mot d’anglais dans toutes mes entrevues. Finalement, d’ailleurs, j’ai embauché une interprète. Une chance, parce que quand j’ai essayé d’acheter de l’huile d’olive toute seule, le vendeur s’est mis à rire. Il pensait que je voulais de l’huile qui goûtait le gazon.

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  • Le fait que la Hongrie avait déjà 208 "étudiants" espérantistes de niveau supérieur (licence) en 2003 et que notre futur président est d’origine hongroise par son père ne serait-il pas une occasion formidable pour l’espéranto en France ? Que puis-je faire à mon tout petit niveau pour faire bouger les choses ? Merci pour votre réponse !

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