Socialistes pour l'espéranto

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Propositions de loi pour l’espéranto au bac

mercredi 27 septembre 2006, par Bernard Cornevin

Depuis 1907 l’admission de l’espéranto comme option de langue facultative au bac est demandée.

Les dispositions relatives à l’enseignement de l’espéranto varient suivant les pays. Des propositions de lois visant son introduction dans l’enseignement ont été déposées dans divers pays, et notamment en France :

1907 Projet de résolution (dit projet Cornet) « tendant à inviter le Gouvernement à introduire la langue internationale espéranto dans les programmes de l’enseignement public qui comportent l’enseignement des Langues Vivantes » présenté à la Chambre des Députés lors de la séance du 28 février 1907.

« Article unique - L’étude de la langue internationale espéranto sera comprise dans les programmes de l’enseignement public qui comportent l’enseignement des langues vivantes. Cette étude sera facultative, et les élèves qui présentent aux différents concours l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, ou l’arabe, pourront ajouter à ces langues la langue espéranto. Ils jouiront des avantages accordés aux candidats qui demandent à être interrogés sur une langue supplémentaire. »

1935 Proposition de résolution « tendant à inviter le Gouvernement à introduire la langue auxiliaire internationale Espéranto dans les programmes de l’enseignement public ». Présentée le 19 février 1935 devant l’Assemblée nationale par M. Maurice Rolland, député du Rhône, président du Groupe Parlementaire de l’Espéranto, cette proposition a été publiée au Journal Officiel du 20 février 1935 et mise en distribution à la Chambre le 25 sous le numéro 4737.

1975 Proposition de loi n° 1667 « tendant à inclure la langue internationale Espéranto dans l’enseignement secondaire comme langue facultative » (enregistrée le 16 mai 1975 à la présidence de l’Assemblée nationale). Présentée par MM. Mexandeau, Bayou, Bastide, Frêche, Sénès, Vivien et les membres du Parti socialiste et les Radicaux de gauche et apparentés.

1979 Proposition de loi n° 1550 « tendant à inclure la langue internationale Espéranto dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur comme langue à option » (enregistrée le 19 décembre 1979 à la présidence de l’Assemblée nationale), présentée par MM. Laurain, Boucheron, Marchand, Madrelle, Pourchon, Rocard, Vivien et les membres du groupe socialiste et apparentés.

1980 Proposition de loi n° 67 « tendant à inclure l’Espéranto comme langue à option dans les matières d’enseignement secondaire et d’enseignement supérieur », présentée par le sénateur Palmero (4 novembre 1980).

1988 Proposition de loi n° 1246 « tendant à introduire l’espéranto comme langue à option dans le cursus scolaire et universitaire » (enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 24 février 1988), présentée par M. Jean Roatta, député.

1995 Proposition de loi n° 2289 « relative à l’enseignement de l’espéranto » (enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 13 octobre 1995), présentée par le groupe communiste.

1996 Proposition de loi n° 485 « relative à l’enseignement de l’espéranto » (enregistrée à la Présidence du Sénat le 10 juillet 1996), présentée par le groupe communiste.

1997 Proposition de loi n° 180 « relative à l’enseignement de l’espéranto » (enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 20 août 1997), présentée par le groupe communiste.

Autres assemblées

D’autres assemblées ont voté des résolutions ou émis des vœux afin que l’enseignement de la Langue Internationale Espéranto soit pris en considération.

Conseils généraux : Allier, Alpes Maritimes, Bouches-du-Rhône, Charente Maritime, Corrèze, Hérault (deux fois), Marne, Haute-Saône, Haute-Vienne, Var, Yonne.

Conseils d’Arrondissements : Grasse, Lyon, Valence.

Conseils Municipaux :

(numéro de département et municipalité) :

03 Boucé 39 Dôle 66 Le Boulou 03 Bressolles 44 Nantes 69 Lyon 03 Chavroches 47 Casteljaloux 70 Port-sur-Saône 03 Creuzier-le-Vieux 47 Marmande 71 Buxy 03 Durdat 51 Châlons-en-Champagne 71 Chalon-sur-Saône 03 Laféline 58 Nevers 71 La Chapelle-au-Mans 03 Nassigny 59 Dunkerque 71 Longepierre 05 Gap 59 Haumont 71 Montceau-les-Mines 06 Cagnes-sur-Mer 62 Arras 71 Montcenis 13 Arles 62 Liévin 71 Paray-le-Monial 13 Noves 63 Clermont-Ferrand 71 Romenay 17 Jonzac 65 Lourdes 74 Marnaz 21 Beaune 66 Amélie-les-Bains 85 Luçon 24 Boulazac 66 Banyuls-sur-Mer 87 Limoges 25 Pontarlier 66 Caramany 89 Auxerre 26 Romans-sur-Isère 66 Corneilla-de-Conflent 93 Rosny-sous-Bois 27 Evreux 66 Le Boulou

paru sur le site de SAT Amikaro

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2 Messages de forum

  • Lettre au Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Technologie (Luc Ferry)

    Date : 18 mars 2003 Objet : Politique linguistique

    Monsieur le Ministre,

    Dans votre réponse à la question de M. François Calvet sur l’espéranto, vous dites que " le choix des langues vivantes étrangères susceptibles d’être proposées aux élèves, (...) donne toute leur place à des langues qui, à l’exemple de l’anglais, de l’allemand, de l’espagnol, de l’italien, du portugais, du néerlandais, du danois, du grec moderne, du norvégien, du suédois et du finnois, sont langues d’Etats-membres de l’Union européenne". Telle est en effet la réalité juridique. Mais est-il admissible de défendre une position en se retranchant derrière une réalité juridique quand celle-ci n’a aucun rapport avec la réalité effective ? Quel est le pourcentage d’élèves qui choisissent le danois, le grec moderne, le finnois ? Quel est le pourcentage d’établissements scolaires où l’élève peut opter pour le néerlandais, le portugais, le norvégien ? Quel est le pourcentage d’élèves qui préfèrent à l’anglais l’une de ces langues ? Je vous serais très reconnaissant de demander à vos services de bien vouloir me fournir ces statistiques. Elles sont nécessaires pour replacer votre réponse dans une juste perspective.

    Vous justifiez également votre refus de l’espéranto en disant :"à la différence des langues vivantes étrangères ou régionales susceptibles d’être présentées au baccalauréat et dont l’identité repose sur l’existence de supports littéraires, historiques ou géographiques, l’espéranto, du fait de sa caractéristique même de langue neutre, n’inclut pas cette dimension d’ordre culturel." Permettez-moi de contester cette affirmation. D’une part, une langue peut très bien être politiquement et économiquement "neutre" et inclure une dimension d’ordre culturel. D’autre part, au même titre que les langues que vous citez, l’espéranto a une identité qui "repose sur l’existence de supports littéraires, historiques et géographiques". Je vous mets au défi de démontrer le contraire en étayant votre démonstration sur des arguments factuels.

    Mon assurance vous étonne sans doute, mais il s’agit de réalités faciles à vérifier. Votre formule était certes applicable à la "langue internationale" (1) de 1887 (elle n’avait pas de nom à l’époque). Elle ne l’est plus à l’espéranto d’aujourd’hui. Sous l’effet des années, le marbre se patine et le visage des villes se transforme, de même l’histoire impose son empreinte aux phénomènes sociaux, et donc aux langues. L’espéranto était un projet à la fin du dix-neuvième siècle. C’est aujourd’hui une langue vivante qui inclut la dimension culturelle que vous lui déniez. Cent seize ans d’extension géographique, de rencontres internationales, d’activité littéraire, de publications de tous ordres, de constitution de réseaux de solidarité, d’usage dans les circonstances les plus diverses, notamment au sein de familles binationales, ainsi que de résistance aux persécutions, aux calomnies et aux tracasseries administratives lui ont donné ce support littéraire, historique et géographique que vous refusez de lui reconnaître, faute d’avoir étudié la question.

    Il est normal que, comme l’immense majorité du public cultivé, vous doutiez de la valeur culturelle de l’espéranto. Mais peut-on fonder une politique sur un doute subjectif ? N’est-il pas préférable de procéder à la vérification, d’opter pour l’objectivité ? Si l’on ne peut rien reprocher à celui qui se trompe de bonne foi, on ne saurait admettre qu’il persévère dans la même voie une fois l’erreur portée à son attention. Vous vous devez donc de contrôler les faits. Refuser de le faire serait trahir la confiance de la population et faillir à votre mandat.

    L’article intitulé Culture et espéranto, auquel je me permets de vous renvoyer (www.lve-esperanto.com/bibliotheque), contient toutes les références qui vous permettront de vérifier ce qu’il en est. Vous verrez ainsi que l’espéranto a bel et bien un support littéraire et historique. Cent ans suffisent parfois pour donner naissance à une culture : il y avait une culture chrétienne, bien différente de la culture gréco-romaine, un siècle à peine après l’apparition du christianisme. La culture fondée sur l’espéranto est du même ordre. Lorsque des gens des pays les plus divers se sont emparés du projet de Zamenhof pour étancher leur soif de communication d’un bout à l’autre de la planète, ils ont déclenché, sans forcément s’en rendre compte, un processus de création culturelle. Un peu lourde au début, la langue n’a pas tardé à s’affiner sous l’effet de l’usage quotidien. Des poètes se sont mis à écrire dans cette jeune langue, que bien des traits rendent particulièrement apte à l’expression poétique, des romanciers sont apparus et des chansons sont nées, souvent connues d’une extrémité à l’autre de la "diaspora" espérantophone, qui couvre actuellement la quasi-totalité du globe (la revue Esperanto a des lecteurs dans 115 pays). On a même vu apparaître des mots d’argot, sans que l’on sache où ils ont vu le jour ni pourquoi il se sont propagés si rapidement. C’est le cas par exemple du mot krokodili, littéralement "faire le crocodile", "agir comme un crocodile", qui signifie "utiliser une langue nationale dans un groupe qui parle espéranto (et donc exclure de l’échange l’hôte étranger)". J’ai moi-même entendu ce mot dans ce sens en Chine, en Ouzbékistan, au Congo, au Brésil, au Japon et dans un certain nombre d’autres pays.

    Quant au support géographique, si l’article précité n’en parle pas, c’est que cet argument-là ne figurait pas parmi ceux auxquels il répondait. Mais ce support existe lui aussi, comme le prouve par exemple le fait que les spécialistes de la littérature espérantophone distinguent la période marquée par l’ "école de Budapest" de la période dite "écossaise".

    Vous le verrez, les faits présentés dans l’article attestent l’existence d’une culture, qui s’intègre dans les autres cultures tout en s’en différenciant, un peu comme peut le faire le sentiment d’identité : on peut être Alsacien, se sentir Alsacien et parler alsacien sans que cela empêche de se sentir français et d’avoir une parfaite maîtrise de notre langue. L’Alsacien qui pratique l’espéranto se sent en outre membre de la collectivité espérantophone : les trois identités s’intègrent parfaitement, comme les trois cultures.

    Peut-être ma lettre aura-t-elle plus de poids si je précise que je suis connu, du moins dans certains milieux, comme spécialiste de la communication linguistique internationale (voir par exemple mon article "Communication linguistique - Etude comparative faite sur le terrain", Language Problems & Language Planning, [ISSN 0272-2690] 26, 1, printemps 2002, pp. 23-50, que vous pouvez aussi lire sur www.esperanto-sat.info après avoir cliqué sur "Documents"). Les hasards de la vie ont fait que je parle l’espéranto depuis l’âge de douze ans et que j’aie moi-même contribué à sa vie culturelle : un ami américain a fait dresser par le catalogue informatique WorldCat la liste des livres dont je suis l’auteur que l’on peut emprunter aux bibliothèques des Etats-Unis : elle comprend 26 titres, dont beaucoup en espéranto. Je ne prétends pas que mes oeuvres aient la moindre valeur - on ne peut se juger soi-même — mais le fait qu’un recueil de mes poèmes vient de connaître une deuxième édition est un signe encourageant : il signifie que le marché de la poésie en espéranto est suffisamment intéressant pour qu’un éditeur juge rentable d’y investir. Si vous m’objectez que cette réédition n’a aucune signification étant donné que le monde compte assez de farfelus et de masochistes pour s’adonner à la lecture d’oeuvres sans valeur, je serai le premier à en rire de bon coeur avec vous. Mais, une fois le rire éteint, vous me permettrez de vous faire observer que mépriser l’oeuvre d’un auteur sans l’avoir lue dans l’original, c’est pécher contre l’honnêteté intellectuelle. De même, dans notre société, conditionnée, en la matière, par une désinformation qui s’entretient d’elle-même depuis des décennies, il est normal de croire que l’espéranto est dépourvu de culture, mais ce n’est pas juste. Ceci n’est pas une affirmation gratuite : elle est vérifiable (voir l’article susmentionné).

    J’espère que ce message parviendra jusqu’à vous, ou tout au moins assez haut dans la hiérarchie de votre ministère, et que vous sentirez qu’il s’agit de quelque chose de sérieux dans le monde inféodé à l’anglais dans lequel nous vivons. De tous les moyens permettant de communiquer par dessus les barrières linguistiques, l’espéranto est celui qui, à l’examen, se révèle avoir le rapport efficacité/coût le plus favorable à l’ensemble des citoyens. Il donne accès à une culture originale et, mieux que les autres langues, à un large éventail de cultures généralement négligées. Maintenir la population dans l’ignorance de ces faits est injustifiable à la veille de l’élargissement de l’Union européenne. Pourquoi ne pas vous attaquer aux préjugés qui empêchent d’adopter une politique linguistique conforme aux intérêts de tous ? Si vous avez le courage de contrecarrer la tendance au monopole de l’anglais, que favorise la politique linguistique de la France, et de persuader vos collègues des autres pays de l’Union de mener à bien une étude comparative de la rentabilité respective de l’anglais et de l’espéranto, vous aurez rendu aux citoyens de toute l’Europe, voire du monde entier, un service d’une portée qu’il est impossible de mesurer, tant les retombées seront immenses.

    Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de mon profond respect.


    1. « Langue internationale » était l’intitulé de la brochure sur l’espéranto publiée en 1887 par Zamenhof qui marqua la naissance de la langue.

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  • Proposition de loi Proposition de loi tendant à inclure la langue internationale Espéranto dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur comme langue à option (enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 19 décembre 1979)

    Beaucoup de choses ont évolué depuis cette proposition de loi déposée en 1979 par le Parti socialiste. Il y a eu Internet, la mondialisation, l’effondrement du bloc soviétique, l’accentuation de la menace du tout-anglais. L’intérêt de ce texte, aujourd’hui, se trouve dans le fait qu’il peut servir de base à la préparation d’une proposition de loi dans laquelle toutes les forces démocratiques se reconnaîtront.

    N° 1550

    ASSEMBLEE NATIONALE

    CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

    SIXIÈME LEGISLATURE

    PREMIERE SESSION ORDINAIRE DE 1979-1980

    Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 19 décembre 1979. Annexe au procès-verbal de la séance du 20 décembre 1979.

    PROPOSITION DE LOI

    tendant à inclure la langue internationale Espéranto dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur comme langue à option.

    (Renvoyée à la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales à défaut de constitution d’une commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.)

    PRÉSENTÉE

    PAR MM. JEAN LAURAIN, JEAN-MICHEL BOUCHERON, PHILIPPE MARCHAND, PHILIPPE MADRELLE, MAURICE POURCHON, MICHEL ROCARD, ALAIN VIVIEN

    et les membres du groupe socialiste (1) et apparentés (2)

    Députés.

    (a) La distribution officielle du document faisant courir les délais de procédure aura lieu le premier jour de séance après le 11 janvier 1980.

    (1) Ce groupe est composé de : MM. Andrieu (Haute-Garonne), Aumont, Auroux, Autain, Mme Avice, MM. Gérard Bapt, Bayou, Bêche, Roland, Beix, Daniel Benoist, Besson, Billardon, Billoux, Boucheron, Brugnon, Cambolive, Cellard, Chandernagor, Chénard, Chevènement, JeanPierre Cot, Darinot, Darras, Defferre, Delehedde, Delelis, Denvers, Derosier, Henri Deschamps, Dubedout, Dupilet, Duroure, Emmanuelli, Evin, Fabius, Faugaret, Gilbert Faure, Fillioud, Florian, Forgues, Forni, Franceschi, Gaillard, Garrouste, Gau, Guidoni, Haesebroeck, Hautecœur, Hernu, Houteer, Huguet, Huyghues des Etages, Mme Jacq, MM. Jagoret, Joxe, Labarrère, Laborde, Pierre Lagorce, Laurain, André Laurent, Laurissergues, Lavédrine, Lavielle, Le Drian, Lemoine, Le Pense ; Bernard Madrelle, Philippe Madrelle, Malvy, Manet, Marchand, Masquère, Mauroy, Mellick, Mermaz, Mexandeau, Claude Michel, Henri Michel, Mitterrand, Notebart, Nucci, Pesce, Philibert, Pierret, Pignion, Pistre, Poperen, Pourchon, Prouvost, Quilès, Raymond, Alain Richard, Michel Rocard, Saint-Paul, Sainte-Marie, Santrot, Savary, Sénès, Taddei, Tondon, Vacant, Vidai, Alain Vivien, Claude Wilquin.

    (2) MM. Abadie, Baylet, Alain Bonnet, Césaire, Crépeau, Defontaine, Paul Duraffour, Maurice Faure, Julien, François Massot.

    Langues étrangères. Enseignement secondaire Enseignement supérieur Espéranto.

    EXPOSÉ DES MOTIFS

    MESDAMES, MESSIEURS,

    Le progrès des techniques dans le domaine des transports et de la communication, pour ne citer, à titre d’exemple, que les nouvelles transmissions instantanées à travers le monde par l’intermédiaire des satellites d’intercommunication, montre, de toute évidence, que le rapprochement physique des peuples est un fait accompli.

    L’évolution économique du monde tend à la formation de plus vastes unités politiques : telle est l’extension de la communauté européenne. Et pourtant, il subsiste encore un hiatus entre le développement scientifique de caractère universel et le cloisonnement linguistique et moral qui isole les peuples d’une façon plus stricte qu’une frontière.

    Si, de nos jours, ce rapprochement physique, économique et politique des peuples s’impose, en effet, chaque jour davantage, il ne se heurte pas moins à la diversité des langues et met en relief le besoin sans cesse croissant d’une langue commune de communication.

    Afin de remédier à cette situation, on à pu préconiser, pour des raisons de facilité et d’économie, d’étendre dans l’immédiat l’usage d’une seule langue principale de travail. Mais, le choix de cette langue, qui doit recueillir l’adhésion de tous les Etats et répondre au besoin essentiel d’une communication orale, directe et spontanée entre des hommes de toutes conditions sociales, soulève bien des difficultés.

    La première solution qui vient à l’esprit serait de revivifier une langue morte comme le latin. Mais, cette hypothèse ne résiste guère à l’examen une telle langue, déjà délaissée par l’Eglise, est inadaptée aux besoins de la vie moderne ; elle rebuterait tout le monde par ses difficultés grammaticales.

    La deuxième solution orienterait le choix sur une langue nationale de grande expansion. Mais, ceci conduirait nécessairement à une discrimination d’autant plus redoutable que le pays dont la langue serait choisie étendrait inévitablement sa suprématie, tant culturelle qu’économique, sur les autres nations. Il ne serait pas raisonnable de croire que les peuples accepteraient de voir leur patrimoine culturel dangereusement menacé et peut-être un jour évincé.

    La troisième serait celle d’un bilinguisme de langues nationales, tel le bilinguisme franco-anglais. Mais, en réalité, ce palliatif, suggéré par des circonstances exceptionnelles à la fin de la dernière guerre, suppose un trilinguisme : comment, en effet, un Allemand ayant appris l’anglais comprendrait-il un Italien utilisant le français ? Cette sorte de bilinguisme conduirait donc à une nouvelle discrimination qui entraînerait pour les autres peuples, donc pour la majorité des hommes, la nécessité d’apprendre deux langues étrangères. Et l’on ne voit pas pourquoi d’autres peuples ne chercheraient pas à imposer d’autres « bilinguismes » : russe et allemand, chinois et hindi par exemple ! En outre, une telle solution hybride resterait probablement précaire et certainement dangereuse pour l’avenir de ces deux langues, car il serait à craindre que l’une d’elles supplante l’autre (ce qui ramènerait les inconvénients de la deuxième solution) ou bien que mutuellement elles se contaminent peu à peu, se désintègrent et essaiment en divers jargons tels que le « franglais ».

    Aussi la meilleure solution est-elle l’usage d’une langue internationale qui le soit par nature et par destination, d’une langue d’un emploi facile pour tous les hommes et qui, de ce fait, serait immunisée contre les influences des langues nationales.

    Cette solution donne tout son sens au seul vrai bilinguisme valable pour tous les hommes :

    - langue nationale au sein de la communauté nationale ;

    - langue internationale pour les relations internationales.

    Il va de soi qu’un tel moyen de communication éviterait à tous les êtres humains, quels que soient leur rang social, leur niveau intellectuel, leur idéologie et leur origine, l’intolérable ridicule de ne pouvoir s’exprimer librement hors de leurs frontières linguistiques ; il serait le facteur d’un progrès incalculable sur le plan des échanges économiques, techniques, scientifiques, touristiques et pour l’enrichissement culturel des hommes.

    Cette solution, grâce à laquelle aucun homme ne se trouverait en situation d’infériorité devant un étranger de quelque pays qu’il soit, aurait enfin l’avantage de mettre un terme à la discrimination linguistique et, par suite, à la compétition dangereuse et coûteuse qui en découle.

    La conférence générale de l’U.N.E.S.C.O. a reconnu que les résultats obtenus au moyen de l’Espéranto dans les échanges intellectuels internationaux et pour le rapprochement des peuples correspondent aux buts idéaux de l’U.N.E.S.C.O. ; c’est dire combien ils contribuent à la coopération internationale dans les domaines de l’éducation, de la science et de la culture.

    L’Espéranto se présente, de nos jours, après quatre-vingts ans de formation, d’expériences et de traditions, en dépit de deux guerres mondiales, comme la seule langue vivante, fondamentalement internationale, qui soit facile et accessible à tous, logique et claire, parfaitement disponible pour l’expression de valeurs culturelles d’ordre international.

    Son introduction dans l’enseignement public a fait l’objet de nombreux voeux exprimés par des membres de l’Institut de France, des savants et des linguistes, des hommes politiques et des enseignants de presque tous les pays du monde.

    L’organisation progressive de son enseignement ne dépend plus présentement que d’une décision politique : il vous appartient, Mesdames et Messieurs, de prendre cette décision qui assure à la fois la sauvegarde et le rayonnement des différents patrimoines culturels de l’humanité dans une compréhension et coopération générales de tous les peuples.

    N’est-ce pas à la France, dont le rôle humanitaire ne peut être contesté, de donner l’exemple en propageant l’étude d’une langue auxiliaire neutre, tant recherchée depuis des siècles, pour rendre faciles et meilleurs les rapports, à travers le monde, entre les hommes de toutes origines ?

    L’admission de la langue internationale Espéranto comme langue à option dans les programmes de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur est l’objet de la présente proposition de loi que nous vous demandons de bien vouloir adopter.

    PROPOSITION DE LOI

    Article premier.

    L’étude de la langue internationale nommée « Espéranto » est admise comme matière à option dans les programmes de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur.

    Art. 2.

    Aux examens de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, comportant une ou plusieurs épreuves de langues étrangères, la langue internationale « Espéranto » est ajoutée à la liste des langues étrangères sur lesquelles peuvent porter ces épreuves.

    Art. 3.

    L’enseignement optionnel de l’« Espéranto » se fera progressivement dans les établissements publics d’enseignement de l’Etat ; il aura lieu chaque fois qu’il sera demandé et qu’il existera un professeur compétent.

    Art. 4.

    Les épreuves d’examen seront introduites, dans les conditions fixées à l’article 2, chaque fois que le jury pourra s’adjoindre un examinateur compétent.

    Art. 5.

    Pour l’enseignement et pour les examens, les candidats bénéficieront de moyens et d’avantages semblables à ceux accordés aux élèves apprenant des langues étrangères.

    Art. 6.

    La formation des professeurs sera réalisée, sous la responsabilité des universités, par l’organisation de cours et de stages fonctionnant dans le cadre de l’enseignement supérieur qui délivrera les diplômes témoignant de la compétence des professeurs et examinateurs. La période transitoire sera aménagée par voie réglementaire.

    Art. 7.

    A titre transitoire, pendant la mise en place, le ministère de l’Education et le ministère des Universités pourront consulter l’organisation privée dénommée « Institut français d’Espéranto », qui, jusqu’à ce jour, délivrait les diplômes.

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